‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 168 sur 333 · mars 176Ô · texte numérisé non relu

mars 176Ô

de déplaire singulièrement au Citoyen; bien qu'elles fussent motivées par une cause des plus honorables, il ne put pardonner à son enthousiaste passionné une aussi cruelle infidélité et il la lui fit durement •expier. Il eût dû cependant se montrer plus indulgent pour un homme dont il connaissait le dévouement et qui pour lui avait compromis sans hésiter famille, fortune, avenir. Depuis la publication de YÉmile, en effet, les rapports du pasteur avec ses collègues s'étaient sensiblement altérés; à force de dire et de répéter que Rousseau était chrétien, et que la meil. leure preuve qu'on pût en donner c'est que lui Moultouministre de la sainte Église, pensait comme Rousseau, il avait fini par se faire regarder comme un pestiféré, « J'étais tellement suspect et abhorré, dit-il, que M. Jallabert vint exprès chez moi pour me supplier de me taire et d'aller à la campagne pour quelques jours*. »

\\ mandait à Jean-Jacques :

« Genève ne m'éblouit pas. Dieu m'est témoin que j'en suis si dégoûté depuis votre malheureuse affaire que sij'avais une patrie à choisir, ce ne serait pas pour Genève que je me déciderais. Vos concitoyens n'aiment que les cabales et les tripots et sont sans force et sans vigueur-.... Si vous saviez tout ce qu'ils font contre moi ; de quelles couleurs ils me peignent; comme ils me prêtent des discours que je n'ai

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