Bibliothèque universelle de Genève, 1.S
éclatante; la première ibis que Mylord Maréchal le vit dans cet équipage, il se borna à lui dire : Salamalcki.
La confection de sou costume l'ut pour le philosophe une affaire capitale; évidemment, outre la question de commodité, il y attachait beaucoup de coquetterie. Mme Boy de la Tour, qui habitait Lyon, fut chargée de la délicate mission de choisir les étoffes et les fourrures, et il est plaisant de voir avec quel soin minutieux le costumtî fut composé. Les lettres dé Rousseau sont remplies de détails sur la façon dont il faut fourrer le bonnet, fourrer la robe, etc.
Le 20 octobre 170:2, Mme de la Tour lui mande :
« Votre pelisse, mon bon et cher ami, est partie hier adressée à PonLarlier à M. Glaarian avec ordre de vous la faire d'abord parvenir ; les deux bonnets, la robe de camelots et son bonnet, vuie ceinture rayée celle de fdoclie ne s'est pas trouvée faite. J'espère que vous trouverez votre pelisse belle, bonne, chaude, légère, et qui durera éternellement, moyennant qu'elle soit préservée des teignes. Un des bonnets est assorti, l'autre est agneau de Tartarie, tout ce qu'il y a de plus beau et de plus doux'.
Quelques jours après, elle lui écrit encore :
« J'ai commandé une ceinture, il ne s'en est trouvé de faites qu'en rose, vert ou bleu. Je l'ai demandée de la couleur de votre habit. Il se fait aussi des ceintures d'une étoffe rayée comme les mouchoirs de cols de femmes, dans des couleurs vives et claires. Il faut Je camelot pour votre
l. Fi'iîz DerUioud. Housseau dans le Val de Travers.
robe quatre aunes et demie; je ne saurais vous choisir en soie que du gros de Naples ou taffetas, parce que vous voudriez de l'unie »
Enfin on se décide pour les robes de bouracan et des « ceintures de soie, tissiies à rézeau comme les filets de pêcheurs'. »
Cependant le philosophe a des scrupules et craint que Mme de la Tour ne le taxe de coquetterie. Elle doit concevoir que les parures qu'il lui demande ne sont pas pour satisfaire son goût, mais comme il ne veut plus quitter l'habit qu'il a pris, ni chez Mylord, ni même à l'église, il faut accoutumer les yeux à ne pas le prendre pour un habit négligé, et, pour qu'on ne l'accuse pas de venir au temple en robe de chambre, il faut chercher à donner à son vêlement de la décence et même de la noblesse, surtout dans les premiers temps.
Rousseau n'était pas aussi indifférent qu'il voulait le paraître à tout ce qui pouvait contribuer à ses avantages extérieurs. Quand Duchesne édita ses œuvres en 17G5, il désira y joindre un portrait. L'auteur demanda à être représenté avec ce costume arménien qui flattait sa manie pour l'originalité et ne nuisait pas, bien au contraire, à sa beauté plastique. 11 faut voir avec quel soin il donne les indications pour que le graveur ne néglige aucun détail.
« Sur les éclaircissements que demande votre graveur, écrit-il à Duchesne, vous lui direz, s'il vous plall, que je