‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 174 sur 333 · janvier · texte numérisé non relu

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2. « Le lacet de Mlle Isabelle, gardé précieusement dans la famille, mesure encore 1°',40, malgré les nombreuses coupures qui y ont été faites pour des amis et même pour des personnes royales, de la maison de Prusse, ci-devant souveraine de Neufcliàtcl. » (Brochure Petitpierre, p. 7 et 9. Fritz Berlhoud.)

Mlle Isabelle devint Mme Guyenet : aussitôt après ses couciies elle écrivit à Rousseau : s Comme ma chancellerie n'est pas encore en train, mon bon, mon respectable, pour tout dire enfin le papa de mon cœur, voudra bien permettre à son Isabelle de tracer sur un vieux papier deux mots avec un crayon, et cela pour le supplier de vouloii", pour le bien de ma santé, m'aider à consommer des collations qui m'arrivent de toutes parts et qui pourraient de nouveau enflammer un sang qui n'a besoin que de calmant. Que je vous apprenne encore, mon cher papa, nos usages ici l'accouchée doit envoyer de pareils dons b ses proches, et elle appelle cela sa rechigne. Daignez donc recevoir ma rechigne avec autant de plaisir que je vous l'offre, en attendant que je puisse vous exprimer de bouche les divers sentiments qui m'ont affectée pendant ces temps de crise; mais ai-je besoin d'expressions avec vous! Oh! pardonnez, si je

général de Neufchàlcl, en reçut un confime présent de noces. Kn le lui envoyant, Jean-Jacques lui rappela rengagement qu'elle prenait en racceplant : « Songez, lui dit-il, que porter un lacet tissu par la main qui traça les devoirs des mères, c'est s'engager à les remplir. »

Mlle de Bondeli nous a laissé d'intéressants détails sur le genre de \ie du philosophe. « Il aime les enfants, écrit-elle, et donne des leçons de clavecin à deux petites filles du lieu; un jour on le trouva assis entre elles deux et gourmande de la bonne façon au sujet de l'ouvrage qu'elles lui enseignaient. » Il y avait échange de bons procédés, Rousseau leur apprenait le clavecin et les petites filles lui montraient des ouvrages de femme.

« La plus graude partie du temps il a le dos courbé et la tête baissée sur la poitrine, l'attitude de la méditation et de l'accablement; aussitôt qu'il parle il lève la tète et fait voir une paire d'yeux indènnissables. Son langage est comme son style, rapide, précis et élégant. Son ton de voix et son geste est toujours celui de l'enthousiasme, il crie ou se tait. 11 aime les hommes avec transport, mais il no peut vivre avec eux à cause du genre de ses indispositions. Son commerce est doux et poli, malgré cela un ton. d'humeur qui afflige et n'insulte pas; ce ton est le résultat de ses idées et de sa disposition mécanique. Le café lui dégage la tête et lui donne de la vie. 11 fait souvent le sien lui-même à deux

crois pouvoir vous dire que nos amis s'entendent, et qu'est-ce qu'un faible anjj'age pour décrire tout ce que sent pour vous votre Isabelle! b (1705. Mss. de Neufchàtel. Incdile.)

heures du matin, pour ne pas inquiéter sa gouvernante^. »

Quand on lui parlait de l'avenir, il répondait avec mélancolie.

(( Je faisais autrefois beaucoup de projets, je n'en fais plus aujourd'hui. J'ai payé à la société mon écot, fort mal sans doute, mais le mieux que je pouvais. Je savoure à présent le plaisir d'être; je vis du jour à la journée, et je dis avec Horace : Omnem crede diem tibi diliixis?e supremiim; je ne fais pas seulement le projet de mourir, cela Tiendra sans cela. En toute chose, ma maxime est de me laisser aller au sort. On ne se fait du mal que lorsqu'on lui résiste. Fait-on une chute, c'est lorsqu'on veut se retenir qu'on se fait bien mal. J'ai appris cette philosophie des enfants et je la pratique sans cesse. Quand je glisse au haut de la montagne, je me laisse choir tout doucement, et je me relève au bas de la descente sans m'étre fait du mal-. »

A peine installé dans le Yal-Travers, Rousseau adopta l'habit arménien. Déjà l'idée lui en était venue à Montmorency pendant les crises assez longues que lui occasionnait son infirmité ; le hasard lui avait fait faire la connaissance d'un tailleur arménien, il lui commanda un costume, mais il n'osa jamais le revêtir.

A Motiers les railleurs étaient moins à craindre; il consulta le pasteur, qui ne vit aucun inconvénient à ce déguisement et l'assura qu'il pouvait le porter au temple sans scandale. Jean-Jacques s'affubla donc d'une veste, d'un cafetan, d'un bonnet fourré, d'une ceinture

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