‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 225 sur 333 · I. A M. de Luc, 7 février · texte numérisé non relu

I. A M. de Luc, 7 février

VOI.TAIKK ET J.-J. ROISSEAT :,<J<J

me donne M. de lîuffon, de ne pas mo mellrc à dos M. de Voltaire; c'est comme si l'on conseillait à un passanl. attaqué dans un grand chemin, de ne pas se mettre à dos le brigand qui l'assassine. Qu'ai-je lait pour m'altirer les persécutions de M. de Voltaire? Et qu'ai-je à craindre de pire de sa part? M. de Buffon veut-il que je fléchisse ce tigre altéré de mon sang? 11 sait bien que rien n'apaise ni ne fléchit jamais la fureur des tigres. Si je rampais devant Voltaire, il eu triompherait sans doute, mais il ne m'en égorgerait pas moins. Des bassesses me déshonoreraient, et ne me sauveraient pas. Monsieur, je sais souffrir; j'espérc apprendre à mourir, et qui sait cela n'a jamais besoin d'être lâche.* »

Ces gémissements ne sont pas sérieux. Il n'élail pas besoin de bassesses pour apaiser Voltaire; Jean-Jacques n'avait qu'à ne pas harceler pendant des années celui qui ne demandait qu'à être son ami.

Sa colère contre le patriarche grandissait tous les jours; il énumérait avec complaisance tous les pays dont le chàielain de Ferney lui fermait soi-disant les portes :

a II a fait jouer les pantins de Berne à l'aide de son âme damnée le jésuite Bertrand : il joue à présent le même jeu en Hollande. Toutes les puissances plient sous l'ami des ministres tant politiques que presbytériens. A cela que puis-je faire? Je ne doute presque pas du sort qui m'attend sur le canton de Berne si j'y mets les pieds : cependant j'en aurai le cœur net, et je veux voir jusqu'où, dans ce siècle aussi

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