février
Les iniiiislrcs en furent réduits à se porier eux-mêmes garants de l'orthodoxie de leurs croyances.
Donc Jean-Jacques a fait défaut à ses amis dans le besoin, il s'est dérobé à l'honneur dont on le jugeait digne. Rien ne l'a choqué dans l'article de d'Alembcrt, pas plus au point de vue religieux qu'à tout autre point de \ue; son avis très net a été de ne pas répondre.
Mais Diderot vient à l'Ermitage, on cause naturellement de l'article qui fait tant de tapage. Jean-Jacques apprend que d'Alembert et Voltaire sont d'accord, que c'est à l'instigation de Voltaire que le paragraphe sur le Ihétitre a été inséré, qu'il en attend les meilleurs résultats à Genève. Aussitôt tout change d'aspect. Du moment que le châtelain des Délices a une part quelconque à l'article Genève, on ne peut laisser ce dangereux écrit sans réponse. Mais qu'importent les questions religieuses, qu'importe que l'orthodoxie des pasteurs soit suspectée, le seul paragraphe sur le théâtre est de Voltaire, lui seul est important, c'est à lui seul qu'on répondia. Indifjiic de tout ce manège de séduction dans sa pairie, Rousseau écrit la Let/rc snr les spectacles.
(( .)';ii sous presse, écrit-il à Yernes, un petit éciitsur l'article Genève, de M. d'Alembert. Le conseil (ju'il nous donne d'établir une comédie m'a paru pernicieux; il a réveillé mon zèle, et m'a d'autant plus indigné que j'ai vu clairement qu'il ne se faisait pas un scrupule de faire sa cour à M. de
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Yollaireànosdépeus. Voilà les auteurs elles pliilosophos....' »
Peu de temps après, il ne cache plus qu'il connaît le véritable auteur de l'article cl que c'est lui (ju'il a visé dans sa réponse :
« Je n'ignorais pas que l'article Genève était en partie de M. de Voltaire, quoique j'aie eu la discrétion de n'en rien dire; il vous sera aisé de voir, par la lecture de l'ouvrage, que je savais, en l'écrivant, à quoi m'en tenir-. »
L'évidence est complète: ce n'est pas à l'article Genève que Rousseau répond, ce n'est pas d'Alembcrt qu'il réJule, c'est Voltaire qu'il veut attaquer, qu'il veuti frapper dans ses plus chers désiis. Le philosophe des' Délices n'a pas renoncé à ses projets, il a cru qu'il en faciliterait l'accomplissement en faisant exprimer par d'Alemberl un souhait très modeste et foit raisonnable; ce souhait ruinera à jamais ses secrètes espérances. Rousseau, dans un éloquent plaidoyer, va montrer à ses concitoyens les funestes effets du théâtre et les conjurer, s'ils veulent éviter les pires maux, de repousser toujours de la cité sainte cette pierre de scandale et de démoralisation.
N'était-ce pas une plaisante chose que de voir ce compositeur d'opéras écrire contre le théâtre et s'efforcer d'en démontrer les détestables résultats? Mais qu'importe à Rousseau de se mettre en contradiction