‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 27 sur 333 · Inrdile. lîil.l. liai. M^s. f. l'r. 1.V2r.(l · texte numérisé non relu

Inrdile. lîil.l. liai. M^s. f. l'r. 1.V2r.(l

62 VOLTAIRE ET J.-J. 1'. OUSSEAU

Irais plutùl que des plaintes de vos ecclésiastiques, dont je connais la vertu et les lumières et que je n'ai jamais eu dessein d'offenser; mais je vous avoue que ma surprise est au comble quand je vois en quoi consistent leurs plaintes.

« J'accuse, dites-vous, les minisires de Genève de n'être pas chrétiens. Permettez- moi de vous représenter. Monsieur, que ceux au nom desquels vous me faites l'honneur de m'écrire n'ont pas lu attentivement l'article qui les a blessés. J'y ai dit expressément que les ministres de Genève ont beaucoup de respect pour Jésus-Christ, et pour les Écritures, et qu'ils expliquent de leur mieux les passages de la Bible qui peuvent paraître contraires à leurs opinions. C'est supposer, ce me semble, que Messieurs vos ecclésiastiques reconnaissentl'autorité de ce livre; et que faut-il autre chose, selon eux-mêmes, pour être chrétien, que de respecter la doctrine de Jésus-Christ et de croire que cette doctrine est contenue dans le Nouveau-Testament? Cette manière de penser ne satisferait peut-être pas un catholique romain, maiscen'est pas le titre auquel Messieurs vos ministres prétendent. Aussi je vois. Monsieur, par votre lettre même, que l'accusation prétendue de n'être pas chrétien est l'objet auquel se bornent leurs plaintes, et je crois y avoir répondu de manière à les faire cesser. Vous avez, Monsieur, trop de lumière pour ne pas sentir toute la solidité de ma justification, Gt Messieurs vos ministres sont trop éclairés et trop équitables pour ne pas la goûter.

« Us ne pouvaient choisir, pour me faire passer leurs représentalions, personne qui leur donnât plus de poids, et je ne puis, de mon côté, trouver auprès d'un corps aussi estimable, un défenseur plus puissant que vous. J'ose donc me flatter, Monsieur, que celle lettre appuyée par vous, comme elle ne peut manquer de l'être, satisfera pleinement Messieurs vos ecclésiastiques^ en même temps qu'elle me fournit l'occasion

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(lo vous assiiicr ([ui' personne ne vous lioiioi'e el ne vous respecte jilns (jtie moi.

« d'Alembert'.

(( P. S. — Je (lois vous ojonler, Monsieur, que des raisons essentielles qui n'ont aucun rapport à l'article Genève, m'obligent de renoncer absolument et sans retour au travail de VKncyclopciUe : ainsi cet ouvrage arrêté au milieu de sa course ne mérite plus, ce me senil)le, de devenir l'objet des plaintes de votre clergé ^ »

Après avoir pileiiseuiciit ériioué près de d'Alenilx'rl, Ti'oncliiii s'adressa à Voltaire, à Diderot, partout il fut éeonduit''. Ne pouvant obtenir de rélradatioii, les pasleurs éperdus eurent l'idée de faire écrire une énergique réfutation qui les laverait de l'outrage fait à leur foi. Dans ce but ils s'adressèrent à leur ami Rousseau, mais sa réponse déjoua leurs espérances :

« Si l'article dont vous me parlez, répondit-il à Vernes, est indiscret et répréhensible, il n'est assurément pas offensant. Cependant, s'il peut nuire à voti'c cor|)s, peut-être fera-t-on bien d'y répondre : quoique, à vous dire le vrai, j'ai un peu d'aversion pour les détails où cela peut entraîner, et qu'en général, je n'aime guère, qu'en matière de foi, l'on assujettisse la conscience à des formules*. »

l. C janvier 1758. — Inrditc. Uibl. nat. Mss. 1'. l'r. IS^ÔO.

'2. Fatigué des persécutions qu'essuyait cet ouvrage, d'.Vienabert se relira en effet, malgré les instances de Voltaire et de Diderot. Le 8 mars 1759 le privilège de l'Encyclopédie fut révoqué par ordre du roi.

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