‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 3 sur 333 · M. de Gauffecourt fut receveur des sels du Valais · texte numérisé non relu

M. de Gauffecourt fut receveur des sels du Valais

micr général de la Popelinière*, Rousseau eut la bonne fortune de plaire au financier, qui fit représenter les Muses galantes sur son théâtre particulier. Le maréchal de Richelieu, pour les" raisons que l'on sait, restait fort assidu chez Mme de la Popelinière; il entendit le nouvel opéra, daigna le trouver de son goût et le fit jouer chez M. de Bonneval, intendant des Menus. Peu de temps après, l'auteur recevait du noble duc une mission qui dut le combler de joie et lui faire entrevoir enfin un avenir plus calme et plus heureux.

Pendant l'hiver de 1742, on jouait beaucoup à Versailles sur le théâtre des Petites-Écuries. Le règne de la marquise de Pompadour était à son aurore, on s'efforçait à l'envi de plaiie à la nouvelle favorite en égayant une cour que la récente maladie du roi et la mort presque tragique de la duchesse de Chàteauroux avaient singulièrement assombrie. Richelieu présidait à ces divertissements et il eut l'idée de faire reprendre la Princesse de Navarre que Yollaire avait donnée quel-

1. Popelinière (Alexandre-Jean-Joscph Le Riche de la) (1692-1762), financier bil esprit; il se piqiiail de protéger les lettres et les beauxarts et donnait dans sa maison de Passy des fêtes somptueuses. Tous les jeunes gens qui débutaient étaient sûrs de trouver en lui un appui véritable. « Sa maison, dit Grimm, était le réceptacle d'une foule de gens de tous les état^, tirés indistinctement de la bonne et de la mauvaise compagnie. Gens de la cour, gens du monde, gens de lettres, artistes, étrangers, acteurs, actrices, filles de joie, fout y était rassemblé. On appelait sa maison une ménafjcne, et le maître le snllan. » La Popelinière avait épousé la fille de Mimi-Dancourt la comédienne. Ils se séparèrent lorsqu'il eut découvert dans la cliem.inée du boudoir de sa femme une plaque à charnière qui cachait une communication avec la maison voisine, et par laquelle le duc de Richelieu pénétrait chaque jour.

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quos mois auparavant el dont Rameau avait composé la musique. Mais, pour divers motifs, la pièce n'était ]ilus de saison; il fallait en modifier certaines parties, et connue les auteurs se Irouvaienl en ce moment beaucoup trop occupés du Temple de la Gloire ' pour qu'on pût leur rien demander, Richelieu songea au jeune protégé de M. de la Popelinière; il le pria de modifier dans le sens voulu la Princesse de Navarre el de mettre d'accord les vers et la musique.

Le travail terminé. Jean-Jacques eut la convenance d'écrire à Voltaire une lettre des plus respectueuses pour lui soumettre les modifications apportées à son œuvre, dont le titre même avait disparu pour faire place à celui des Fêtes de Ramire.

« Monsieur, il y a quinze ans que je travaille pour me rendre digne do vos regards et des soins dont vous favorisez les jeunes muses en qui vous découvrez quelque talent. Mais, pour avoir fait la musique d'un opéra, je me trouve, je ne sais conniient, métamorphosé en musicien. C'est, Monsieur, en cette qualité que M. le duc de Richelieu m'a chargé des scènes dont vous avez lié les divertissements de la Princesse de Navarre. Il a môme exigé que je fisse, dans les canevas, les changements nécessaires pour les rendre convenables à votre nouveau sujet.... Je vous supplie, Monsieur, de vouloir les examiner, ou plutôt d'en substituer de

1. Cette pièce fut i-eprcsentéc à Versailles le 27 novembre 17io; les costumes étaient magnifiques; on avait fait pour la figuration plus de quatre cents habits à huit cents livres pièce. Voltaire demandait un jour à Voisenon s'il avait vu le Temple de la Gloire : « J'y suis allé, répondit l'abbé, elle n'y était pas, je me suis fait inscrire. »

plus dignes de la place qu'ils doivent occuper. Quant au récitatif, j'espère aussi, Monsieur, que vous voudrez bien le juger avant l'exécution, et m'indiquer les endroits où je me serai écarté du beau et du vrai, c'est-à-dire de votre pensée. Quel que soit pour moi le succès de ces faibles essais, ils me seront toujours glorieux s'ils me procurent l'honneur d'être connu de vous, et de vous montrer l'admiration et le profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble, etc. »

J.-J. Rousseau, citoyen de Genève*.

Jean-Jacques, dans ses Confessions, commet une inexaclilude : « Avant toutes choses, dit-il, je ne voulus toucher aux paroles que de l'aveu de l'auteur et je lui écrivis à ce sujet une lettre très honnête.... Autorisé par M. de Voltaire..., je me mis au travail, et en deux mois ma besogne fut faite. » Le procédé eût été irréprochable en effet, mais les choses ne se sont pas passées ainsi, et les souvenirs de Rousseau l'ont mal servi. Il a d'abord modifié le texte, et sa propre lettre le prouve, puis il a écrit à l'auteur pour solliciter son agrément. Il y a là une imance, et des plus sensibles.

Voltaire à celte époque venait d'atteindre sa cinquante et unième année. Sa vie, en dépit de quelques légers déboires, de plusieurs séjours à la Bastille, n'avait été qu'un long triomphe. Il était au comble de la réputation et de la gloire. L'amilié dont l'honoraient

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