‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 30 sur 333 · Rousseau à Sarazin rainé, 29 novembre · texte numérisé non relu

Rousseau à Sarazin rainé, 29 novembre

peuple, et M. Rousseau sans aucune de ces idées s'érige en arbitre de nos affaires : il plaide pour nous, il nous prescrit des lois; il règle nos occupations publiques, civiles, domestiques, comme si la République l'avait appointé pour cela^ »

Ces critiques ne manquaient pas de justesse.

La Lettre sur les spectacles, nous l'avons vu, est uniquement dirigée contre Voltaire. Mais, par un hasard assez singulier, Rousseau, en attaquant le patriarche, paraissait suivre avec logique la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Aux yeux du public en effet, aux yeux de ceux qui ne sont pas dans le secret de la coulisse, rien de plus naturel que cette attaque du philosophe contre le théâtre, qui a été la grande passion du dix-huitième siècle; c'est la troisième étape de son apostolat contre la civilisation. Après avoir proscrit les sciences, les arts, la littérature, il a vanté les charmes de l'état sauvage; aujourd'hui il veut renverser le temple de Thalie et de Melpomènc, c'est la continuation raisonnée de sa croisade, personne ne peut s'en étonner. Et cependant si Voltaire n'eût pas habité Genève, nous n'aurions jamais eu la Lettre sur les spectacles. Une coïncidence heureuse a permis à Rousseau de paraître logique, au fond la jalousie seule le guidait. Il s'offoirait du reste de sauvegarder le mieux possible les apparences et rien dans son écrit ne trahissait ses sentiments secrets. Si Ton peut faire exception à ce qu'il dit

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