‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 308 sur 333 · Ambassadeur do hraiico à Loiidrfs · texte numérisé non relu

Ambassadeur do hraiico à Loiidrfs

540 VOLTAIRE ET J.-.l. ROUSSEAU

rite de cette circonstance qui puisse peut-être adoucir le roi sur le compte de M. Rousseau en faisant demander la chose en votre nom par M. de Choiseul *. »

Walpole, dès qu'il connut le départ de Rousseau, écrivit également à la duchesse de Choiseul pour lui recommander l'infortuné philosophe, mais son intervention fut peu goûtée :

(( Je vous envoie, ma chère enfant, la lettre de M. Walpole, écrivait l'aimable duchesse à sa vieille amie Mme duDeffand, il fmit par me recommander Rousseau. La compassion l'égaré; c'est une surprise de son amour-propre. Que puis-je pour Rousseau ? des secours d'argent, ou ma proteclion pour les Petites-Maisons? Mais il est à présent hors de France et à labri de mes secours. Le protéger dans sa gloire m'aurait paru un acte de vanité, le protéger dans sa folie serait un acte de folie. Mais Rousseau n'est pas plus fou à présent qu'il n'était alors, et n'était j)as plus fou alors qu'il ne l'est à présent. Son exhorbilante vanité a toujours tourné sa tête. 11 veut qu'on parle de lui, il veut être. célèbre à quelque prix que ce soit; il aurait brûlé le temple d'Éphèse. Je ne serais pas étonnée qu'il finît par se faire prophète, qu'il courût les villages, qu'il assemblât le peuple, qu'il fît des miracles, qu'il finît par être pendu-.,.. "

On était tellement habitué aux excentricités de la part de Rousseau que sa fuite d'Angleterre, dans les circonstances que l'on sait, ne causa pas autant de bruit qu'on le pourrait supposer. « L'histoire de .Tean-Jacques est

i. l" juin 1707. Edinburg:h's Royal Society Mss. Humes life and correspondence. »

'2. 12-14 juin 1767.

VOLTAIIiK i:r .I.-.I. UUl SSl'Ali ôil

admiiahlc, iiiaiule Mme du DelTand à Walpolc; elle n'a pas fait grandejseiisatioii sur tous les gens que j'ai vus, il est si décidé fou, que personne n'oserait chercher quelque ombre de bon sens dans tout ce qu'il a jamais fait'. »

Le 21 mai le philosophe arrive à Calais, il en juut le 25 pour Amiens où il reste dix jours, puis, après une courte halle chez le marquis de Mirabeau, il s'installe le 21 juin au château de Trie que le prince de Conti, invariable dans son amitié, met à sa disposition. Rousseau, pour ne pas braver ouvertement les lois, prend le nom de Renou-, et sur le conseil du prince il fait passer Thérèse pour sa sœur afin d'éviter les propos.

Malheureusement, à peine en repos, il est repris par ses terreurs, ses hallucinations. Il se persuade que les domestiques du château sont autant d'espions et de traîtres apostés par ses ennemis, le concierge surtout l'a pris en haine et le persécute, il ne peut concevoir par quelles mains est poussé cet honune, mais le fait est là, on ne peut le nier.

Le prince de Conti, désolé de Télat d'esprit de son malheureux, ami, prend la peine de lui démontrer l'inanité de ses soupçons et il est assez heureux pour le convaincre. Mais aussitôt la folie de Rousseau prend une autre forme. Il n'est plus espionné, il est vrai, mais tout le monde le prend pour un espion et le liaitc en consé-

Page 1