Premier dialogue
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u Veut-il passer l'eau vis-à-vis les Qualre-Narions, ou ne passera point pour lui, même en payant la voiture entière. Veut-il se faire décrotter, les décrotteui-s, Surtout ceux du Temple et du Palais-Uoyal, lui refuseront avec mépris leurs services.
« Une de leurs plus jolies inventions est le parti qu'ils ont su tirer de l'usage annuel de brûler en cérémonie un Suisse de paille dans la rue aux Ours. Cette fête populaire paraissait si barbare et si ridicule en ce siècle philosophe, que déjà négligée on allait la supprimer tout à fait si nos messieurs ne se fussent avisés de la renouveler bien précieusement pour Jean-Jacques. A cet effet, ils ont fait donner sa figure et son vêlement à l'homme de paille, ils lui ont armé la main d'un couteau bien luisant, et, en le faisant promener en pompe dans les rues de Paris, ils ont eu soin qu'on le mit en station directement sous les fenêtres de Jean-Jacques, tournant et retournant la figure de tou.s côtés pour la bien montrer au peuple, à qui cependant de charitables interprètes font faire l'application qu'on désire, et l'excitent à brûler Jean-Jacques en effigie, en attendant migux'. »
Ce n'est pas à la légère et sans preuves que Rousseau se dit victime d'une conspiration universelle, il ne combat pas une chimèie. Lui-même a tenu a bien établir les motifs de son opinion :
Les philosophes, à l'en croire, sont les seuls coupables ; ce sont eux et eux seuls qui ont organisé cette noire intrigue par jalousie contre un infortuné dont ils ne pouvaient égaler le talent. Associés à des hommes puissants, ils sont devenus les arbitres de l'opinion publique
i. rieinier dialogue.
et ils se sont servis de leur pouvoir pour étreindre Rousseau dans des liens dont il ne peut se dégager. Tous les événements qui lui arrivent, et qui paraissent accidentels et fortuits, sont concertés d'avance; tout ce qui doit lui arriver dans la suite a déjà sa place marquée dans le tableau'. Les ligueurs, très habiles, ne l'attaquent jamais qu'à mots couverts, sans jamais le nommer, ni lui ni ses livres.
Mais n'est-il pas invraisemblable que le monde entier ait concouru à ce ténébreux dessein? L'explication est fort simple : l'art des conjurés a été de ne pas dévoiler la trame à tous les yeux et de n'initier chacun dans le complot qu'autant que l'exigeait la partie de l'exécution qui lui était confiée. Il n'y a peutêtre pas dix personnes qui connaissent le fond de la trame ".
Quelle est la cause de cet acharnement? Rousseau lui-même ne peut supposer que cet accord si unanime n'ait aucun fondement raisonnable et que toute une génération s'accorde pour violer toutes les lois de la justice, toutes les règles du bon sens, sans objet, sans' l)ro(it, sans prétexte, uniquement pour satisfaire une fantaisie. Et cependant, après avoir soigneusement cherché les raisons de ce parti suivi par tout le monde, il n'a rien trouvé, il n'a pu parvenir à s'expli(iuer ce qui lui arrive et rien n'a pu l'éclairer sur ces étranges dispositions"'.