‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 331 sur 333 · Confessions, partie II, livre VIII · texte numérisé non relu

Confessions, partie II, livre VIII

2. Lettres à Malesherbes, 1762; à Diiclos, 1865; Confessions- troisième dialogue, etc.

VOLTAIRE 1:T ,I.-.I. ItOISSEAT 501

Mnis alors (|n'enleii(l-on [);\v veilu? Ud'cnlencl-oii par bonnes mœurs, austérité, amitié? Que dira-t-on des hommes qui élevaient leurs enfants, qui ne trahissaient pas leurs amis, qui ne payaient pas les services rendus de la plus noire ingratitude, qui ne mordaient pas la main qui les nourrissait?

Si Rousseau a été austère, vertueux, ami sûr et dévoué, il l'aul (léiiaUirer le sens de tous ces mots, car assurément leur signitîcation commune ne s'applique pas dans l'espèce.

La conduite du philosophe serait inexplicable si l'on n'avait une idée juste de son état physique et moral.

11 était doué d'une sensibilité maladive qui fut prodigieusement développée par la solitude. Dès qu'il se trouvait seul, il disséquait toutes ses actions et celles de ceux qui l'approchaient; « quelquefois il vous quittait vous aimant encore, mais si vous aviez dit une seule parole qui pût lui déplaire, il se la rappelait, l'examinait, l'exagérait, y pensait pendant huit jours et finissait par se brouiller avec vous.... L'imagination était la première de ses facultés et elle absorbait même toutes les autres. Il rêvait plutôt qu'il n'existait et les événements de sa vie se passaient dans sa tête plutôt qu'en dehors de lui. Il n'était pas fou, mais une faculté de lui-même, l'imagination, était en démence'. »

f C'est celte sensibilité d'imagination qui cause ses inconséquences innombrables, c'est elle qui lui inspire

1. Lettres sur les ouvrages et le caractère de J.-J. Rousseau, par Mme de Staël.

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cette mauvaise foi constante dont nous nous avons donné tant d'exemples, c'est elle qui le place en contradiction perpétuelle avec lui-même, qui l'empêche de distinguer la vérité de l'erreur et qui le met dans l'impossibilité de combattre ses propres impressions.

Corancez a fort ingénieusement décrit comment le philosophe réalisait dans son imagination les fantômes dont on pouvait le dire obsédé :

(( Sa sagacité était telle qu'elle lui fournissait des arguments réellement capables de lui en imposer. Il partait toujours d'un principe, fruit de son imagination blessée, qu'il ne pouvait examiner sensément, mais les conséquences qu'il en lirait étaient toutes dans les règles de la plus saine logique, de façon qu'on ne pouvait qu'être infiniment étonné de le voir sur le même fait, si sage, ensemble, et si fou.

« Pour en donner une idée juste, je dirai qu'il m'a réalisé l'existence possible de Don Quichotte avec lequel je lui trouve une grande conformité. Chez tous deux se trouve une corde sensible. Cette corde en vibration amène chez l'un les idées de la chevalerie errante et toutes les extravagances qu'elle traîne après elle; chez l'autre, cette corde résonnait ennemis, conspirations, coalition générale, vastes plans pour le perdre, etc. Chez tous deux, cette corde, en repos, laisse à leur esprit toute sa liberté ^ »

Son état physique, nous l'avons dit dès le début de cet ouvrage, eut également la plus funeste influence sur son état moral. Il fut la victime souvent irresponsable de son infirmité.

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