‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 333 sur 333 · I. Corresp. I.itl. 177K · texte numérisé non relu

I. Corresp. I.itl. 177K

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traire : le moiiulrc coup du sort suflil pour l'abattre. Pour portor sur Rousseau uu jugement équitable, il ne i'aulpas seulement l'ousidéreiriiojiuneinsociablc, ingrat, haineux, atrabilaire, que nous connaissons, il faut aussi tenir compte de la bonne foi évidente qu'il apporta dans ses déplorables égarements et des fatalités physiques et morales qui ont si lourdenienl pesé sur son existence.

Ari>E.M)lCE

Voici le texte même du traité avec les modifications de M. de Mnleslierbes :

Projet communiqué à M. Rousseau le 29 août \lC^l et qnil approuve.

(( Je soussigné, Jean-Jacques-Rousseau, citoyen de Genève, reconnais avoir vendu et livré au sieur Nicolas Bonaventure Duchesne, libraire à Paris, un manuscrit de ma composition, intitulé •.Emile, ou Traité de V Éducation, ^our en jouir par lui et ses ayants-cause comme de chose qui leur appartient en propriété, et ce, moyennant le prix et somme de six mille livres, dont je reconnais avoir maiiitenani reçu moitié comptant, et les trois mille livres restantes, en trois billets dudit siour Ducbesne, payables à mon ordre, aux termes d'avril, juillet et octobre de Tannée prochaine, mil sept cent soixante-deux ; en outre à la charge par ledit sieur Duchesne de me livrer cent exemplaires brochés de mondit ouvrage avant de le mettre en vente. Me réservant néanmoins, moi Jean-Jacques- Rousseau, de comprendre ledit ouvrage dans une édition générale, et non autrement, de mes œuvres et à condition toutefois que je ne ferai point celle édition avant trois ans, à compter du jour de la publication de celle du présent ouvrage et je compte donner la préférence audit iieur Duchesne de la vente de cette édition générale, si lorsque nous en traiterons dans le temps nous sommes d'accord sur mes conditions.

598 ai'1'j:.ndili;

« Et moi Mcolas-Boiiaventure Duchesne, ai accepté ce que dessus, en conséquence de quoi j'ai payé comptant à mondit sieur Rousseau ladite somme de trois mille livres et lui ai remis pareille somme de trois mille livres en mes trois billets de mille livres chacun, payables à son ordre, aux termes stipulés ci-dessus, et je promets de livrer à mondil sieur Rousseau la quantité de cent exemplaires brochés du susdit ouvrage, avant de le mettre en vente et d'en faire l'impression sur beau papier et en beaux cai'actères.

« Fait double entre nous, à Paris. »

{Inédite. Bïh\. nationale. Mss. f. Fr. >'ouv. acq. 1185. Les mots en italiques ont été ajoutés en marge par M. de Malesherbes lui-même.)

Montmorency, le tiô septembro ITfrl.

(( J'espérais, Monsieur, dans un petit voyage que j'ai lait hier à- 'hôtel du Luxembourg, aller remplir auprès de vous un devoir qui m'est bien précieux, mais vous étiez à Malesherbes, et je m'en reviens encore sans avoir pu vous rien témoigner, mais tranquille pourtant dans l'espoir que vous voulez bien me supposer un cœur sensible et honnête, et cela dit tout.

« Mme la Maréchale de Luxembourg veut bien se charger, Monsieur, de vous remettre le petit écrit dont je vous avais parlé et que vous avez bien voulu me promettre de lire non seulement comme magistrat, mais comme iiomme de lettres qui daigne s'intéresser à l'autour et veut bien lui en dire son avis. Je ne pense pas que ce barbouillage puisse supporter l'impression séparément, mais peut-être pourra-t-il passer dans le recueil général, à la faveur du reste. Toutefois je souhaiterais qu'il pût être donné à part à cause de ce Rameau qui continue à me tarabuster vilainement et qui cherche l'honneur d'une réponse directe qu'assurément je ne lui ferai pas. Daignez décider, Monsieur, votre jugement sera ma loi à tous égards. »

M. Slreckeisen, qui donne la réponse à cette lettre, dit que l'ouvrage auquel Rousseau fait allusion est VÉmile; c'est une erreur. Jean-Jacques envoyait à M. de Malesherbes non pas VÉmile, mais YEssai sur l'origine des langues, traité dans lequel plusieurs chapitres sont consacrés à la nnisique.

AI'l'tNDICI. ô!)!(

Propositions du sieur J.-J. liousseau au sieiu" Ducliesiie : (( En aliénant mon nianuscTit au sieur Duchesne, je n'ai point entendu lui vendre la propriélé de mon ouvrage, mais seulement le profit de l'impression, et publication. Lors donc qu'il ne procède ni ne veut procéder de bonne foi à l'impression, mon manuscrit ne lui appartient à aucun titre, et voici, cela posé, les propositions que j'ai à lui taire et entre lesquelles il pourra choisir :

« 1° La première est qu'il me rende mon manuscrit en retirant son argent et ses billets. Et pourvu que cette restitution réciproque soit faite sur-le-champ, je n'exige même aucun dédommagement pour le préjudice du retard, pour la perte do mon temps, j)our les peines de toutes espèces qu'on m'a données, et poui' le risque de l'abus qu'on a pu faire de mon manuscrit.

« 2° Si le sieur Duchesne veut un autre ouvrage, j'offre en échange mon Dictionnaive de musique et en retour ce qui sera jugé convenable.

«5" Si le sieur Duchesne veut garderie Traifé de l'Éducation, qu'W le garde sous une de ces deux conditions à son choix. La première qu'il prenne un terme préfix pour l'impression et publication du Hvre, faute de quoi, passé ledit terme, je serai en droit, de mon côté, de le faire imprimer et publier où il me plaira. La seconde, que si le sieur Duchesne a réellement un t raité avec le sieurNéaulme, que ce traité soit révoqué, et qu'il en soit fait avec moi un semblable au moyen duquel je me chargerai de l'édition étrangère, soit en Hollande, soit ailleurs, et de lui payer ou passer en déduction ce qui sera convenu pour cela. Bien entendu que je ne serai point tenu de suivre dans cette édition la lenteur du sieur Duchesne.

(( Si le sieur Duchesne, refusant d'accepter aucune de ces conditions, manifeste ainsi sa mauvaise volonté, je lui déclare que je prendrai de mon côté les mesures qui me paraîtront convenables pour que mon ouvrage ne soit pas perdu; sauf à lui faire en temps et lieu, si le cas y échoit, les restitutions qui seront ordonné-espar le magistrat compétent. »

(Incdil. nildiiitlièque ii,ilioii:ilc. Ms-;. 1'. IV. Nouv. acf]. IKS.î.')

Extrait d'une lettre de Marc-Michel lley it J . J . Rousseau du 7 décembre 1761.

u M. Joan Néaulmo, libraire, a donné pouvoir à M. Guérin pour conclure le marché avec Duchesne, ce qu'il a fait pour la somme de seize cents livres. J'ai prié Néaulme de me remettre le marché moyennant un profit, mais il n'a pas voulu. Je tiens tout cela de ce dernier : que le Traité de rEduccdion s'imprimera à Paris et qu'il le réimprimera ici.

(( J'avais mandé à M. Duchesne que j'étais surpris qu'il ne se lût adressé à moi pour cet ouvrage; voici sa réponse :

(( Si j'eusse suivi mon inclination pour l'ouvrage en question, « il est certain que je ne me serais pas adressé à un autre qu'à « vous. Des considérations m'ont obligé de voir ailleurs ; c'est encore (( un mystère que le temps éclaireira. »

Voici la déclaration de M. de Maleslierbes, datée de Pans du 7)\ janvier 1765 : « (Juand M. Rousseau traita de son ouvrage intitulé Emile, ou de VÉducalion, ceux avec qui il conclut son marché lui dirent que leur intention était de le taire imprimer en Hollande. Un libraire, devenu possesseur du manuscrit, demanda la permission de le taire imprimer en Frar.ce sans en avertir l'auteur. On lui nomma un censeur. Le censeur, ayant examiné les premiers cahiers, donna une liste de quelques changements qu'il ci'oyait nécessaires. Cette liste fut conuiiuniquée à M. Rousseau, à qui l'on avait appris, quelque temps auparavant, qu'on avait commencé à imprimer son ouvrage à Paris.

« H déclara au magistrat chargé de la libiairie qu'il était inutile de faire des changements aux premiers cahiers, parce (jue la lecture de la suite ferait connaître que l'ouvrage entier ne pourrait jamais être permis eu France. Il ajouta qu'il ne voulait rien faire en fraude des lois, et qu'il n'avait fait son livre que pour être imprimé en Hollande, où il croyait (ju'il pouvait paraître sans contrevenir à la loi du pays.

M'ir.NDICE fiOl

« Ce {'iil tl'iiiHvs celte déclaration, faite par M. Rousseau luimême, que le censeur eut ordre de discontinuer l'examen, et qu'on dit au libraire qu'il n'aurait jamais de permission. D'après ces faits, qui sont très certains, et qui ne seront pas désavoués, M. Rousseau peut assurer que si le livre intitulé Emile ou VÈducation a été imprimé à Paris malgré les défenses, c'est à son insu, et même qu'il a fait ce qui dépendait de lui pour rempôclier.

(( Les faits contenus dans ce mémoire sont exactement vrais: et puisque M. Rousseau désire que je le lui certifie, c'est une satisfaction que je ne peux lui refuser. A Paris, le 51 janvier 1765.

Signé : de Lamoignon dk Malesherdes,

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