‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 42 sur 333 · Montmorency, 29 novcuibro 17G · texte numérisé non relu

Montmorency, 29 novcuibro 17G

î. A Moultou, 17G2.

pu lutter ainsi conire l'hôte néfaste des Délices et contrebalancer son influence. Si le seul amour de la patrie le guidait, que n'agissait-il ainsi?

Lui-même a prévu l'objection et y a répondu :

« J'aurais dû peut-être aller faire tête à l'orage, si je m'en étais senti le talent. Mais qu'eussé-je fait seul,' timide et parlant très mal, contre un homme arrogant, opulent, étayé du crédit des grands, d'une brillante faconde, et déjà l'idole des femmes et des jeunes gens? Je craignis d'exposer inutilement au péril mon courage, je n'écoutai que mon naturel paisible, mon amour du repos.... '. »

Le naturel paisible et V amour du repos jouèrent un faible rôle dans la détermination du philosophe. Ce qui le décida, c'est qu'il ne se sentit pas de force à soutenir la lutte. Car enfin la patience de Voltaire aurait des bornes; à force de l'irriter, il finirait par réveiller le vieux lion ; il se voyait déjà la proie de cet esprit cruel et mordant, il se voyait vaincu dans sa propre patrie.

Et puis à Genève la vie pour lui n'eût pas été tenablc. Certes, il eût été entouré d'une cohorte de fidèles dévoués jusqu'au martyre; suivi par le peuple et une partie de la bourgeoisie, il aurait pu facilement troubler le repos du seigneur de Ferney; mais quel dépit de le voir dans ses châteaux mener un train de prince, donner des fêtes où l'on accourait de Dijon et de Turin,

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