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stances, usé de bons procédés envers Rousseau ? Et cependant à partir de 1758 sans que le patriarche ait dit un mot, fait un geste, écrit une ligne de nature à blesser le Genevois, toutes les lettres de Jean- Jacques témoignent de la haine la plus violente. Au fond, le bien de la patrie entrait pour une faible part dans cette invincible aversion, une immense jalousie en était l'âme.
Mais il faut lire la liste des maux que la présence du philosophe des Délices attirera sur Genève :
« Ainsi donc, écrit Jean-Jacques au pasteur Vernet, la satire, le noir mensonge et les libelles sont devenus les armes des philosophes et de leurs partisans ! Ainsi paie M. de Voltaire l'hospitaUté dont, par une funeste indulgence, Genève use envers lui ! Ce fanfaron d'impiété, ce beau génie et cette âme basse, cet homme si grand par ses talents, et si vil par leur usage, nous laissera de longs et cruels souvenirs de son séjour parmi nous. La ruine des mœurs, la perte de la liberté, qui en est la suite inévitable, seront chez nos neveux les monuments de sa gloire et de sa reconnaissance. S'il reste dans leur cœur quelque amour pour la patrie, ils délesteront sa mémoire et il en sera plus souvent maudit qu'admiré....
(( La pente donnée, rien ne peut arrêter les progrès du mal.... chaque citoyen qui meurt est remplacé par quelque agréable. Le ridicule, ce poison du bon sens et de l'honnêteté, là satire, ennemie de la paix publique, la mollesse, le faste arrogant, le luxe, ne nous forment dans l'avenir qu'un peuple de petits plaisants, de bouffons, de baladins, de philosophes de ruelle et de beaux esprits de comptoir, qui, (le la considéralion qu'avaient ci-devant nos gens de
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lettres, les élèveront à la gloire des académies de Marseille ou d'Angers; qui trouvonMit hien plus beau d'être courtisans que libres, comédiens que citoyens....*. »
Pcni à peu, toutes ces idées fermentant dans sa tête, Rousseau en était arrivé à se persuader qu'on le jalousait à Genève, qu'on l'y détestait. Mais d'où pouvait provenir de la part de ses concitoyens une animosité si peu naturelle, si peu compréhensible? C'était assurément l'œuvre du vieillard de Ferney qui, non content de pervertir Genève, s'efforçait par sa séduction et ses intrigues d'y ruiner le crédit du seul homme qui aurait pu sauver la ville.
« Pouvez-vous croire, écrivait Jean-Jacques à Moultou, que je ne m'aperçoive pas que ma réputation blesse les yeux de mes concitoyens, et que, si Jean-Jac(iues n'était pas de Genève, Voltaire y eût été moins fêté? Il n'y a pas une ville de l'Europe, dont il ne me vienne des visites à Montmorency, mais on n'y aperçoit jamais la trace d'un Genevois; et, quand il y en est venu quelqu'un, ce n'a jamais été que des disciples de Voltaire, qui ne sont venus que comme espions. Voilà la véritable raison qui m'empêchera de jamais me retirer à Genève; un seul haineux empoisonnerait tout le plaisir d'y trouver quelques amis-. »
On aurait pu répondre à Jean-Jacques que non seulement rien ne l'empêchait d'iiabiter Genève, mais que c'était même son devoir d'y revenir pour combattre celte corruption qui lui tenait tant à cœur. 11 aurait