Confessions. l'ai'lie II, livru X
•2. Waguière. Additions au Comuientaire historique.
HO YOLTAir.E ET J.-J. ROUSSEAU
pondancc : « Je voudrais que Rousseau ne fùl pas tout à fait fou, dil-il, mais il l'est. Il m'a écrit une lettre pour laquelle il faut le baigner et lui donner des bouillons rafraîchissants ^ » Et il pria Tronchin de lui envoyer une ordonnance; mais le docteur répondit que puisqu'il ne pouvait pas le guérir lui-même de la manie de faire encore des pièces de théâtre à son âge, il désespérait de guérir Jean-Jacques. « Nous restâmes l'un et l'autre fort malades, chacun de notre côté, » ajoute Voltaire gaiement ^
Mais si Rousseau n'a pu réussir à l'irriter, il a eu du moins le talent de lui faire une cruelle offense, et le vieillard deFerney s'en ouvre à d'Alembert :
« Il m'écrit, à moi, la plus impertinente lettre que jamais fanatique ait griffonnée. II me mande en propres mots : « Vous avez corrompu Genève, pour prix de l'asile qu'elle « vous a donné; » comme si je me souciais d'adoucir les mœurs de Genève, comme si j'avais besoin d'un asile, comme si j'en avais pris un dans celte ville de prédicants sociniens, comme si j'avais quelque obligation à cette ville". »
En lui reprochant l'asile qu'il avait reçu, Jean- Jacques mettait le doigt sur la plaie et faisait à son ennemi une injure d'autant plus douloureuse, qu'il ravivait méchamment une vieille blessure. 11 n'était que trop certain qu'en 1754, le philosophe banni de Prusse, banni de France, avait dû solliciter un refuge sur le