Charlotte Renyer, femme Dourrette (17Li-17<S
lillons de sou talent. Voltaire ne l'ut pas épargné et riposta par une tasse de porcelaine'. Dès que Rousseau eut fait paraître la Nouvelle Jléloïse, Mme Bourretle, le jugeant suffisamment illustre, lui adressa une longue lettre qui ne reçut pas de réponse. Sans se décourager, elle écrivit de nouveau et chercha à stimuler son zèle par un exemple assez malheureusement choisi.:
(( J'oi riioiniear, Monsieur, de vous faire part d'une générobilé que j'ai reru de M. de Voltaii-e, un de vos illustres amis; il m'a fait donner par iMme d'Argental une tasse de porcelaine incrustée en or, faite pour un déjeuner, venez y pi'endre du café. Je vous l'avoue, j'ai été aussi sensible à ce présent qu'à celui de Sa Majesté le Roy de Pologne, qui m'a honorée de son portrait dans une boîte d'or. Je vous envoie ci-joints les vers qui m'ont attiré la marque de son souvenir, avec ceux que je lui ai envoyés en remerciement. Si, à l'exemple d'un si grand homme, qui a pensé à moi, de si loin, vous m'honorez d'une réponse en ajoutant la faveur d'un mol pour que votre libraire me vende Héloïse à bon compte, pardonnez. Monsieur, cette économie à une mère de famille qui voudrait être en état de le payer le double. Je désire faire cette acquisition comme un trésor que je veux conser-
1. Mme Bourrelte avait son débit rue Croix-des-Petits-Champs. Elle répondit à la tasse de Voltaire par ces vers :
Législateur du goùl, dieu de la poésie,
Je tiens de vous ui)e coupe choisie Digne de recevoir le breuvage des dieux ;
Je voudrais pour vous louer mieux,
Y puiser les eaux d'Uippocrùne Mais vous seuls les buvez, comme moi l'eau de Seine.
Mme Denis, à laquelle Mme Dourrette avait également adressé des vers, lui envoya un fort bel éventail.
IW VOLTAIRE ET J.-J. UOLSSEAU
ver, je ne l'aie lue que par emprunt et je ne me lasserai jamais de le relire*, n
A la lellre étaient joints ces vers singuliers :
rt A monsieur Rousseau de Genève sur sa NouveUe Héldîse :
Dans tes sublimes entretiens, La vertu nous devient aisée.
Il n'est i)oiiit de Père Elisée Dont les sermons valent les tiens.
(l'ar la Muse /iinonadièrc, février 1761.) »
Celte fois Rousseau répond : le nom de Voltaire a suffi pour le tirer de sou indifférence :
« Si jamais l'occasion se présente de profiter de votre invitation, j'irai, Madame, avec grand plaisir, vous rendre visite et prendre du café chez vous, mais ce ne sera pas, s'il vous plaît, dans la tasse dorée de M. de Voltaire, car je ne bois pas dans la coupe de cet homme-là-, v
Quant à l'exemplaire de Julie, Mme Bourrclte dut s'en passer.
Peu de temps après, Jean-Jacques fit'paraître VExlrait du projet de paix perpéluelle de Cahhé de Saint-Pierre". Il avait eu entre les mains les papiers de l'abbé, et, au milieu de beaucoup de fatras, il crut devoir sauver cet écrit de l'oubli. Le Projet de paix perpéluelle fut accueilli à Ferney par des éclats de rire :
1 Inédite. Bibliothèque de Neufdiàtcl. Mss. '2. 12 mars 1701.
"». Rousseau en céda le manuscrit pour douze louis à M. de Baslide, rédacteur du journal le Monde.
Vdl.T.VIUE ET J.-.I. ROUSSEAU 143
« Jean-Jacqiics politique ! s'oci-ic le patriarche. Nous verrons s'il gouvernera l'Europe comme il a gouverné la maison de Mme de Wolmar. C'est un étrange fou..., il nrolTense de gaieté de cœur, moi qui lui avais offert, non pas un asile, mais ma maison, où il aurait vécu connue mon frère'. »
Et il s'empresse de publier le Rescrit de l'empereur de la Chine sur ladite paix perpctiiellc, où le projet de Jean- Jacques est tourné en ridicule". En apprenant les plaisanteries de son ennemi, Rousseau se contenta de dire : « C'est un pauvre homme à courte vue sur ces matières. » Mais les sarcasmes qui arrivaient de Ferney ne firent qu'augmenter son irritation contre le seigneur châtelain.