‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 82 sur 333 · décembre 17G · texte numérisé non relu

décembre 17G

« Je dois vous prévenir, Monsieur, que le secret que je vous avais demandé ne peut plus avoir lieu, l'affaire devenant de jour en jour plus claire, et c'est donner trop d'avantages aux méchants de se laisser égorger sans rien dire. D'ailleurs ce secret n'a pu regarder en aucun temps Mme la maréchale de Luxembourg, et quoique je n'aie point voulu l'iuquiéter de cette affaire, elle a su que le livre ne s'imprimait point; sa bonté pour moi l'engagera peut-être à vous en parler, et comme elle doit venir demain à Paris, je la préviens que l'état des choses vous est connu. Permettez-moi de joindre ici l'extrait d'une lettre de Rey que je viens de recevoir et par lequel vous reconnaîtrez, je m'assure, que je n'étais pas si visionnaire que vous l'avez pu penser*. Pardon, Monsieur, ayez pitié de ma misère, et ne vous rebutez pas, je vous conjure, de mes importunités^ »

Mme de Luxembourg, très alarmée, courut chez Duchesne, qui n'eut pas de peine à lui démontrer son innocence. Les retards provenaient surtout des nombreuses corrections de l'auteur, ce qui nécessitait sans cesse de nouvelles épreuves et retardait l'impression.

La maréchale, complètement édifiée et persuadée avec raison de l'entière bonne foi des libraires, répondit à Rousseau et s'efforça de le rassurer. De même M. de Malesherbes, avec la plus grande bonté et sans se décourager, essaya encore de calmer les appréhensions du philosophe en lui démontrant que les jésuites avaient pour le moment « bien d'autres gens à haïr^ ».

Page 1