‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 90 sur 333 · mars · texte numérisé non relu

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2. Duchesne avait d'abord espéré obtenir une autorisation écrite, et dans ce but l'ouvraj^^e avait été soumis à un censeur. Dés les premiers caliiers, ce dernier demanda des changements. Rousseau s'y refusa, en déclarant que c'était inutile et que la lecture de la suite ferait connaître que l'ouvrage ne pourrait jamais être pcnnis en France. Le censeur reçut l'ordre de discontinuer l'examen et l'on prévint le libraire qu'il n'aurait pas de permission écrite. M. de Malesherbes, en effetj

Il fut donc indiqué sur le litre que l'édition avait été imprimée à la Haye chez Jean Neaulmc; l'ouvrage complet formait quatre volumes qui devaient paraître deux par deux. Rousseau s'attendait bien à ce que V Emile ferait quelque bruit puisqu'il écrivait à ses éditeurs :

« Je pense qu'il importe beaucoup que rialcivalle eulre la publication des deux j)renners volumes et celle des deux derniers soit aussi court qu'il se pourra. Car, infailliblement, ces deux premiers volumes jetteront l'alarme dans un certain parti, et il ne faut pas lui donner le temps de prendre des mesures qui nous nuisent*. »

Il était vraisemblable, en effet, que si les deux premiers volumes faisaient scandale, on empêcherait les suivants de paraître.

Mais quant à sa sécurité personnelle, l'auteur la croyait complète, si complète que, comme on vient de le voir, il voulait à tout prix dire la vérité et avouer que l'édition s'était faite à Paris. Le pasteur Moultou, son correspondant habituel, se montrait cependant assez inquiet et le mettait sagement en garde contre une trop grande confiance.

« Ne craignez- vous point, lui disait-il, qu'on sévisse contre l'auteur, le libraire? Cette police est commode et sûre pour avoir raison, et vos lâches ennemis, après avoir inutilement tenté de vous faire boire dans la coupe du ridicule, ne remueront- ils pas ciel et terre pour vous faire boire dans

ne donnait jamais d'autorisation écrite pour les ouvrages imprimés à l'étranger, tant qu'ils n'avaient pas subi un examen rcgulier. 1 ; A Ducliesne et Guy, 4 mars 1762,

celle de Socrate? Mon Dieu, que je tremble pour vous*! Il y a d'ailleurs aujourd'hui en France deux partis qui, acharnés l'un contre l'autre, se réunissent par politique, dés qu'il s'agit des principes qu'ils admettent également et disputent à qui montrera plus de zèle-. Vous serez en butte à ces deux partis. Prenez donc bien vos sûretés et tranquillisez-moi sur mes craintes^. »

Rousseau, sans s'émouvoir de ces sombres prévisions, répondait que le public ne pouvait que gagner à la publication d'un écrit comme la Profession de foi du vicaire savoyard, a cette éloquente exposition d'une religion naturelle'*, que « d'ailleurs, en tout pays, il respectait la justice et les lois, » et que si en apparence il paraissait les éluder, au fond on ne pouvait être plus en règle qu'il ne l'était. « Il est vrai, ajoutait-il, que si Ton m'attaquait, je ne pourrais saiis bassesse employer tous mes avantages pour me défendre. »

Cette confiance s'explique aisément. Il avait eu dans toute celte affaire non seulement l'appui de personnages puissants comme Mme de Luxembourg et M. de

1. Z janvier 17C2. — Inédite. Bibliothèque de Neufcliàtel. Mss. — M. Streckeisen a supprimé ce paragraphe qui existe dans la lettre de Moultou, du 5 février.

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