‹ Voltaire et l'intolérance religieuseChapitre 3 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Souvent, au cours de nos études, nous avons apprécié comme un bien d'une valeur inestimable la liberté de pensée, que les hommes du passé nous ont acquise au prix de tant de luttes et de sacrifices ; nous admirions avec un sentiment de profonde reconnaissance ces héros qui, non contents de soutenir le combat qu'exige la conquête de la vérité, trouvaient encore coalisées contre eux toutes les puissances des préjugés et de la routine, toutes les oppressions souvent cruelles de l'église et de l'état. En maintenant contre la force matérielle les droits sacrés de la conscience, ils ont rendu à l'humanité le plus éminent des services, ils lui ont conservé les conditions indispensables au développement normal de toute vie intellectuelle et morale.

S'il nous avait été possible d'entreprendre de longues et patientes recherches dans les bibliothèques de la Suisse et de l'étranger, nous aurions eu l'ambition de rendre hommage à quelque défenseur ignoré de la cause qui nous est chère, en racontant sa vie et en faisant connaître son œuvre ; nous aurions essayé de suivre de loin les traces marquées par l'auteur de la magistrale étude intitulée Sébastien CasîellionK Forcé d'être plus modeste, obbligé de consulter des sources qui fussent facilement à notre portée, nous avons pensé qu'à défaut d'originalité, une étude complète

^ Buisson, Sébastien Castelliott.

sur l'action de Voltaire en faveur de la tolérance religieuse pourrait présenter quelque intérêt; il nous semblait qu'il en était ainsi vu l'influence considérable exercée par celui qui a parfois donné son nom au dix-huitième siècle.

Lorsqu'on étudie une œuvre comme celle de Voltaire, une œuvre au sujet de laquelle se sont livrées de véritables batailles, le premier désir que l'on éprouve est celui de rester impartial et de ne point trahir la pensée et les sentiments de l'écrivain que l'on veut faire connaître. Il est particulièrement difficile de réaliser cet idéal lorsqu'il s'agit de Voltaire, que M. G. Larroumet appelle à bon droit, en abusant peut-être un peu du superlatif « la plus complexe physionomie littéraire et morale qui existe non seulement dans notre littérature mais dans celle de tous les temps et de tous les pays*. » A qui pourrait-on mieux qu'à \^oltaire attribuer les épithètes de « protée- » et de « multiforme- » dont il se sert pour désigner son ami Dalembert? Convaincu que « la terre entière est gouvernée par des contradictions^, » et que l'homme n'est qu'une « girouette *, » il n'échappe guère à ce qui est selon lui l'humaine condition, et, « bien qu'il ait tâché ^, » s'il faut l'en croire, « de ne point se contredire dans sa manière de penser^, » il n'y a guère réussi.

Pour noter aussi exactement que possible l'attitude que Voltaire a prise à l'égard de la tolérance religieuse, nous avons suivi ce mot d'ordre que Chcnier prononçait à son sujet: « Ses écrits, ses seuls écrits sont les témoins que j'écoute^. » Après avoir relevé dans l'œuvre de \'oltaire

^ Revue des cours et conférences, 30 janvier 1902, p. 538. Larroumet. La chaire d'éloquence française à la Sorbonne et M. Léon Crouslé. — -38, 245. A Dalembert, 7 ou 8 mai 1761. — ^ 29, 400. Fragments historiques sur quelques révolutions dans l'Inde. Article VII, 1773. — * 26, 99. Pot pourri, § 13 1764, — • 44, 209. A Dalembert, 7 juin 1773. — " Revue des cours et conférences, 13 novembre 1902, p. 8. Tagiiet. André Chcnier.

tous les passages qwi pouvaient nous renseigner, nous nous sommes gardé de vouloir à tout prix les ramener à l'unité, au contraire nous avons fait effort pour respecter l'imprévu, la mobilité, les aspects variés et même les contradictions de sa pensée, c'est pour cela que nous l'avons si souvent cité. En lui laissant très fréquemment la parole, et en nous réduisant au rôle d'interprète, nous avons quelque peu calmé les appréhensions qu'éveillent ces paroles peu rassurantes de M. E. Faguet: « Quand on écrit sur Voltaire, il faut écrire bien'. »

' Idem., 21 février 190 1, p. 700. Faguet, Voltaire et ses comédiens.

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