‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 102 sur 431 · RÉVOCATION DES LETTRES DE CHANGE · texte numérisé non relu

RÉVOCATION DES LETTRES DE CHANGE

Voilà qui viendrait confirmer ce que nous disions plus haut, et l’on en pourrait conclure que, malgré les ordonnances, ce petit commerce ne laissait pas d’étrc suffisamment pratiqué. Voltaire était étranger : ou il était malade, ou il faisait des vers, ou il oubliait le reste du monde dans la société et l’entretien du moderne Marc-Aurèle ; il ignorait de l’emprunt saxon jusqu’au nom, et soupçonnait encore moins et les tripotages iniques dont il était l’objet, et les défenses formelles faites à tout sujet du roi de spéculer sur les bons de la banque de Dresde. Mais, prudemment, il ira aux informations : dès le jour même, il consultait le sieur Kircheisen, sur la nature de ces effets, et, désormais édifié, il révoquait le lendemain (24 novembre) les lettres de change, défendant expressément à Hirsch de prendre pour lui un seul billet. « Tout cela est prouvé ', » nous dit-il. Ce qui demeure le plus manifestement démontré, c’est la révocation des lettres de change, révocation nécessaire, sans doute, puisqu’elle était le renoncement à des tripotages condamnables, mais qui ne s’effectuait pas sans porter un préjudice sérieux au crédit de l’israélite. llirsch n’apprit qu’à son retour le contre-ordre du poète, et vint se plaindre à lui du tort infini que le protêt allait faire dans son commerce. Mais à quoi devaient servir ces lettres de change, si ce n’était à se pourvoir de bous saxons? Et Hirsch revenait les mains vides, sans avoir acheté le moindre billet de la Steuer. N’était-ce pas justifier les mesures préventives de Voltaire, puisqu'il ne connut qu’à

1. Voltaire, OEuvres complète « (Beuchol), t. LV, p. 540. Leltre de Voltaire à Dargel; à Berlin, 18 janvier, au soir, 1751*

Page 1