PLAINTE DE VOLTAIRE
vraisemblable, et vient-elle éclairer ce passage d’une lettre de Voltaire à Frédéric jusqu’ici fort obscur : a J’ai eu le malheur d’étre traité par Chasot comme le curé de Mecklembourg. On a dit alors que Votre Majesté ne souffrirait pas que je logeasse dans son palais de Berlin. Je n’ai pas proféré la moindre plainte contre Chasot. Je ne me plaindrai jamais de lui ni de quiconque a pu l’aigrir1... » Voltaire, comme on le voit, ne parait pas se douter de ce qui a pu lui aliéner la bienveillance du chevalier; en tous cas, il saura oublier un procédé injuste.
C’est le poëte qui entame le procès. Il faut convenir que, si bien des raisons étaieut de nature à lui faire redouter une telle publicité, il y avait d’assez fortes sommes engagées et compromises peut-être. Tout, d’ailleurs, dans laconduite du juif autorisait et les appréhensions les plus sérieuses et les mesures de sûreté les plus énergiques, comme cela se trouve surabondamment démontré dans les considérants du jugement2. Mais Voltaire ne s’endormait pas, et, le 10 décembre, le conseiller aulique Bell remettait sa plainte, contre le juif « protégé » Abraham llirsch , au grand chancelier qui, le 31 du même mois, ordonnait que les deux parties comparaîtraient, devant lui, le 4 janvier suivant (1751).
Mais c’est loin de suffire à Voltaire, qui s'inquiète, qui s’exalte à son ordinaire, et se met à écrire, en date
1. Voltaire. OEnvres complète » (Bouchot), t. LV1, p. 006. Lettre , de Voilai r« h Frédéric, ce mardi (1151).
2. Ferdinand Klein, Annalen der Geselsgebunj (Berlin, iSirotaï 1790), t. V, p. 261, 265. Raliones dicendi.