CONDAMNATION DU JUIF
Abraham avait déclaré les bijoux substitués ou changés; et il fut reçu, au cas où il persisterait dans sa prétention, à en fournir la preuve *. On sait déjà le peu d’accueil fait à cette accusation de vol de l’anneau que Hirsch avait au doigt et que le poëte lui aurait eulevé de force. Le témoin, à la bonne foi duquel il s’en était rapporté, avait déclaré que Voltaire ne l’avait pris que du consentement du défendeur. Le poëte était d’ailleurs physiquement incapable de venir à bout d’un pareil acte de violence à l’égard d’un homme plus jeune et assurément plus robuste, qui n’avait pour défendre sa bague qu’à fermer la main. Hirsch savait bien que l'affaire était bonne, même après l’abandon de l’anneau, et sans doute fut-ce de sa part une de ces résistances molles qui équivalent à un acquiescement. Les experts appelés pour vérifier sa signature, obtinrent de rémunération six thalers à su charge, ce qui faisait, avec les dix thalers d’amende pour avoir renié son écriture, seize thalers qu’il eut à joindre à la moitié des frais, car les frais furent compensés « à cause de différentes circonstances douteuses » et du serment de purification qu’il restait à Voltaire à prêter.
1. Sur cela M. Ferdinand Klein fait cette remarque : « En ce qu regarde le point secondaire indiqué sous le n° 3, il est resté indécis si Voltaire s'csl rendu coupable d’une substitution de bijoux, et, tant que ce point si désavantageux pour son honneur n’est pas résolu, Il n’a pas lieu do se gloriflcr de la victoire. » Annalen, p. 251. Est-ce sérieux? el une assertion de Hirsch pouvait-elle avoir la moindre aulorilé, jusqu'à la preuve la plus évidente et la plus triomphante? Oublie-t-il que Hirsch s'esl été tout droit à être cru sur parole? D'ailleurs, ce qui nous semble clore le débat, celle preuve, ne l’eût-il pas donnée, si cela eût été en son pouvoir?