‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 118 sur 431 · PROPOS ABSURDES · texte numérisé non relu

PROPOS ABSURDES

Le jugement fut communiqué aux parties, le 18 février (1751) Le juif avait été débouté sur tous les points, sa mauvaise foi notoire était consacrée par les considérants de l’arrêt ; Voltaire, enfin, obtenait gain de cause, à la condition de déclarer sous serment qu’il n’avait apporté après coup aucun changement à la pièce du 19 décembre. On a dit qu’il demanda sur quel livre on le lui ferait prêter ; et lorsqu’on lui répondit que ce serait sur la Bible : «Comment, s’écriat-il, sur ce livre écrit en si mauvais latin ! Si c’était Homère ou Virgile, encore passe !» Il a pu se permettre cette pasquinade, bien qu’au fond il n’eût pas trop sujet de rire. Mais ce qui suit prouve combien il faut se méfier des historiens les plus honnêtes, quand ils ne savent les faits que sur des traditions déjà anciennes. « Lorsqu’on lui observa, ajoute Thiébault d’après la chronique du temps, que s’il répugnait à prêter le sermentlui-même, ou le déférerait au juif: quoi ! reprit-il, vous voulez que je m’en rapporte à ce misérable qui a crucifié Notre-Seigneur1 2!» Ces mots n’ont pu être dits, par la meilleure raison et que nous connaissons, c’est qile, ne s’en fût-il pas rendu indigne, le juif n’eût point été admis au serment davantage.

Ce serment, Voltaire était tout disposé à le prêter,

1. Jugement publié le 18 février 1751. « Ad instantiam » du défendeur en personne, et « in assiütenlià » de son « mandatant » conseiller aullque Kroll, a in prxsentiù » de a l’advocati » Geyss « nom i ne • du conseiller aullque Bell, comme du « mandatant > du demandeur. Klein, Annalen, t. V, p. 261 5 264.

2. Dieudonné Tbiébaull, Souvenirs de vinyl ans de séjour à Berlin (Didot, 1860), t. II, p. 355. Tout ce que raconte l’auteur des Souvenirs sur le procès de Voltaire avec Hirsch est plus ou moins erroné et ne pourrait qu’égarer.

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