‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 136 sur 431 · MÉPRIS DE LA LAXOUE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

MÉPRIS DE LA LAXOUE ALLEMANDE

poètes et par la conversation des personnages considérables de ce grand pays. Mais pourquoi eût-il appris la langue allemande et quel prolit eût-il tiré d’un travail aussi long qu’ingrat? « Je me trouve ici en France, écrivait-il au marquis de Thibouville, on ne parle que notre langue. L’allemand est pour les soldats et pour les chevaux ; il n’est nécessaire que pour la route '... » Il en dit autant à d’Argental : « N’allez pas croire que j'apprenne sérieusement la langue tudesque; je me borne prudemment à savoir ce qu’il en faut pour parler à mes gens, à mes chevaux. Je ne suis pas d’un Age à entrer dans toutes les délicatesses de cette langue si douce et si harmonieuse; mais il faut savoir se faire entendre d’un postillon 2. » On pardonnera cette irrévérence à l’égard d’une langue encore sans littérature et sans maîtres, pour laquelle Frédéric lui-même ne cachait ni son éloignement ni son mépris. Si nos poètes, nos écrivains s’imposaient à la presque totalité de l’Allemagne, si la langue française était la seule qu’on parlât à Berlin, à la cour et parmi les honuêtes gens, ce n’était pas sans qu’il en coûtùt au sentiment national, et qu’il ne s’élevât même de généreuses protestations. Dès 1722, Bodmer avait essayé avec Breitinger, comme lui de Zurich, de jouer le double rôle

!. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LV, p, 199. Lettre de Voltaire à Thibouville; à Polsdatu, ce 2t novembre 1750.

2. Ibid., t. LV, p, 522. Lettre de Voltaire à d’Argental; à Potsdam, le 28 novembre 1750. — Voltaire disait aussi, de la langue et des écrivains : « Qu’il leur souhaitait plus d’esprit et moins de consonnes, » Vlllemain, Tableau de la Littérature au dix-huitième siècle (Didier, 1852), t. 111, p. 32C. Leasing devait plus tard réaliser, à scb dépens, la moitié de ce souhait-là. Les consonnes, il est vrai , sont restées.

Page 1