CONCLUSIONS
était en Prusse : mais en Prusse l’on n’était ni plus austère ni plus intègre qu’en France; et Frédéric, après une longue et laborieuse enquête, convenait que les fournisseurs de ses armées, les gens d’affaires qu’il employait, n'étaient pas moins avides, moins âpres à la curée que partout autre part. Voltaire, se sentant protégé, crut pouvoir user de la faveur grande dont il jouissait, pour en tirer, au point de vue de sa fortune, le parti le plus avantageux. Bien que tout cela n’eût rien de fort louable, il serait sans doute rigoureux d’estimer la moralité de ces actes à la mesure de la conscience moderne. Ce n’est pas tout, il est vrai, et l'altération de la facture du juif aurait à coup sûr une autre gravité, s’il n'y avait pas à rechercher dans le fait les circonstances, le temps et le but. Devant l’incertitude du travail des experts , les magistrats n’osèrent sè prononcer, et leur hésitation est déjà un blâme. 11 est à observer, en définitive, que, dans le cours des débats, Abraham lui-même sembla accepter cette estimation nouvelle à laquelle le poète attachait une si grande importance. Tout aboutit donc, en poussant à l’extrême, à une falsification sans doute injustifiable, mais qui n’était menaçante pour la partie adverse, qu’en cas de vente déloyale, puisqu'on toute hypothèse c’était l’arbitrage d’experts nommés d’office par les juges que souhaitait et requérait Voltaire.
L’auteur des Lettres philosophiques , durant son exil à Londres, s’était appliqué à l’étude de la langue anglaise; et, quoi qu’on ait dit, il la parlait et l’écrivait assez correctement. Il savait bien qu’il serait récompensé de sa peine par la lecture des penseurs et des