DONS SENTIMENTS DE RICHIER
qu’il n’est pas juste de faire retomber sur Voltaire. La victime de sa légèreté (c’est M. Stahr qui nous l’apprend) se montra plus équitable. Richier ne parla jamais de son ancien maître qu’avec attachement et respect, expliquant et excusant la mesure de rigueur dont il avait été l’objet, et désapprouvant les attaques violentes dirigées par son ami dans la Dramaturgie de Hambourg. Gela n’est- il pas concluant, quoiqu’on semble attribuer sa mansuétude à l’esprit « français a de ce Français de Louvain1 ?
Voltaire, s’il n’avait pas été sans reproches dans cette affaire des bons saxons, expia largement ses fautes par les angoisses et les humiliations qu’elles lui attirèrent. Il prétend, et c’est tout simple, que le juif n’était que le préte-nom des envieux et des ennemis que lui avait mérité l’amitié du maître, et qu’il était la victime d’un complot dont naturellement le but était de le faire chasser ignominieusement de Berlin. Tout en restreignant singulièrement l’accusation, nous croyons aux ennemis, nous croyons à leur bonne volonté de le perdre, et, partant, îi ces manœuvres, à ces insinuations déguisées de courtisans qui n’attendent pas pour frapper l’adversaire, qu’il se soit relevé. Le moment était favorable, car Frédéric était outré. 11 savait à quoi s’en tenirsur la moralité du juif; mais il avait peine à
1; Richier passa au service du prince ïlenri, à litre de bibliothécaire et conseiller des ordres ( secrétaire des commandemcnls); on le trouve, en 17(18, en commerce suivi avec Leasing et les amis les plus intimes de celui-ci à llerlin, Nieo'nï et Mendclssohn. Lessing, Sein LebenundSeine IFerAc(Heriin, 180'»). p. 105 — Dieudonné Thiébaull, Souvenirs de vingt uns de séjour a liiriin (Didot, 1860), t. I, p. *230.