‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 143 sur 431 · LES PETITES CAUSES · texte numérisé non relu

LES PETITES CAUSES

moins cela vient-il donner quelque apparence à ce paradoxe privilégié de Voltaire, la prépondérance des petits événements dans l’histoire. En tout état de cause , l’auteur de la Dramaturgie, esprit original et indépendant, ne pouvait que concourir au mouvement d'affranchissement qui était depuis longtemps dans les aspirations de chacun, mais qui attendait un homme. Ce qu’on peut ajouter, c’est que cette aversion personnelle contre un écrivain, le représentant le plus considérable des lettres françaises, ne devait que surexciter la verve de celui à qui il était donné de frapper les premiers coups. A ce point de vue, cette petite disgrâce si vivement ressentie n’eut que d’heureuses conséquences. Si les tragédies de Voltaire, prises à partie par Lessing, ne sont pas sorties de ces attaques, parfois vétilleuses, sans accrocs et sans blessures, que nous font à nous les tragédies de Voltaire? Nous applaudissons de grand cœur au succès d’efforts auxquels, en fin de compte, l’Allemagne et la littérature de tous les pays durent une pléiade de poètes originaux qui avaient mieux à faire (et l’ont prouvé) que copier servilement nos écrivains et couler de pâles et ternes figures dans le moule déjà usé de nos tragédies. Voilà ce qui ne nous est nullement pénible à dire. Mais, par contre, nous étonnons-nous un peu de la dureté imméritée avec laquelle Voltaire est traité parle biographe de Lessing. Est-il donc indispensablequel’hommedont on écrit la vie ait partout et toujours inexorablement raison? Dans cette circonstance, Lessing se conduisit en étourdi de vingt-deux ans; il commit une faute dont, certes, il n'avait point envisagé la gravité, mais

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