BESOIN DE SOLITUDE
Quoi qu’il en soit, il insiste auprès de Darget pour qu’on le laisse s’installer au Marquisat où il demande à rester jusqu’en mai. Il sera d’ailleurs aux portes de Potsdam et à deux pas de la Bibliothèque de Sans- Souci, où l’on ne trouvera pas mauvais qu’il aille fourrager à l’occasion. Cette résidence était cette même maison que Frédéric avait donnée d’une façon si charmante, deux ans auparavant, à d’Argens, « au marquis de Menton, » comme l’appelle le poète, parce que ce dernier était alors à Menton avec sa femme. Mais Voltaire n’entend pas augmenter la dépense dont il est l’objet, et il réclame, comme unegrâce, que la pension qui lui est si généreusement allouée soit suspendue tout durant son séjour dans cette solitude réparatrice.
Oui, mon cher ami, tâchez d'obtenir bien respectueusement, bien tendrement, que ma pension soit retranchée à compter depuis février jusqu'au temps de mon retour... Je n’ai que faire d’argent, mon cher ami, je veux de la campagne, du petit lait, de bon potage, des livres, votre société et les nouveaux ouvrages d'un grand homme qui a juré de ne me pas rendre malheureux. Ce que je lui demande adoucira tous mes maux; qu'il dise seulement à M. Federsdorf qu'on ail soin de moi au Marquisat. J'ai des meubles que j'y ferai porter. J'ai prosque tout ce qu'il me faut, hors un cuisinier et des carrosses... En un mot, il dépend du roi de me rendre à la vie. J'ai tout quitté pour lui, il ne peut me refuser ce que je lui demande. Il s’agq de rétablir ma santé pendant deux mois et demi au Marquisat et d’y vivre à ma fantaisie. Mais je veux absolument quo la pension me soit retranchée pendant tout ce temps-là
Du reste, il s’arrangera du moindre coin, il lui faut si peu de place et il voudrait faire si peu de bruit ;
I. Voltaire, OEuvrcs complètes (Beuchol), t. LV, p. 557. Lettre de Voltaire 5 Darget.