‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 155 sur 431 · D'ARNAUD AMOUREUX DE MADAME DENTS · texte numérisé non relu

D'ARNAUD AMOUREUX DE MADAME DENTS

dont Marmontel parle de ses relations avec elle donnerait à penser qu’elle eut au moins un faible pour lui, bien qu’il ne le dise point. Ce n’est là qu’un soupçon ; mais nous savons, par des lettres fort tendres, qu’elle ne se piquait pas d’étre un cœur de roc, et qu’elle ne désespérait, le cas échéant, que jusqu’à un certain point l’homme sensible qui la trouvait adorable. Comme on l’a dit déjà, madame Denis, après la mort de son mari, en 1744, avait quitté Lille et était venue s’établir rue du Bouloi, où elle tint sa maison, reçut les amis de son oncle, qui venait s’y oublier quelquefois, les courts instants de liberté que lui laissait l’absorbante châtelaine de Cirey. Une telle vie est incompatible avec la fidélité des regrets; il faut plus de concentration et de solitude à une douleur qui repousse toute consolation. Après avoir sincèrement et suffisamment pleuré son mari, madame Denis avait séché ses larmes, et pris son parti sur un malheur irréparable. Pourquoi eût-elle fermé la porte aux mille distractions qui s’offraient à elle? Un galant se présenta, et on lui sourit, tout en lui déclarant qu’il n'obtiendrait rien. C’était le protégé de l’oncle, c’était d’Arnaud. Le personnage était sentimental; il se prétendait fort amoureux , et on pouvait le croire à toutes les sottises qu’il débitait. Madame Denis avait dû aller passer l’autom no de 1747 à Villier, dans sa famille, ce qui avait donné lieu à une petite correspondance qui nous est parvenue. Baculard sc meurt d’ennui et d’amour, et il chante son martyr en vers et en prose. « Revenés donc, lui écrit-il, me rendre la vie que vous m’avés emportée, j’attends mon âme, je ne suis plus

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