‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 154 sur 431 · BONA NISA · texte numérisé non relu

BONA NISA

séjour dans cette ville je n’en ai jamais mangé de bonnes. — Je le crois, répliqua Frédéric, mais c’est que vous n’avez jamais voulu les payer. Vous avez eu grand soin de n'acheter que des poulets étiques; je vous connais1.» Ne prenons pas trop au sérieux les insinuations d’un serviteur aliéné, dont on avait éventé et déroulé les manoeuvres, sans pour cela concevoir une trop grande idée de la rigidité des mœurs de la dame. Le chevalier de Florian nous a laissé d’elle un croquis qui ne pouvait être malveillant, et la présente sous un jour qui n’est rien moins qu’austère.

J’aurais dû vous faire plus tôt, mon cher lecteur, lo portrait de Dona Nisa, la sœur de ma tante*. C’était alors une femme de cinquante-cinq ans (en 176»), qui joignait à de l’esprit beaucoup de talenset une excessive bonté : elle poussait môme cetto dernière qualité jusqu’à la faiblesse. On lui reproche d’avoir été galante dans son jeune temps : je le crois aisément, et cela doit être. Dona Nisa n’est heureuse qu’autant qu’elle est subjuguée; son âme a tellement besoin d’être remplie, qu’elle aimorait plutôt une poupée que de no rien aimer du tout. Généreuse et noble jusqu’à la profusion, jalouse du mérite des autres femmes, inconstante dans tous ses goûts et oubliant aussi vite les injures que les services*.

C’est bien ainsi que nous nous la figurons par la correspondance de son oncle et les révélations de son entourage. Elle eut plus d’une affection. La façon

t. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour ù Berlin (Didot, 1 8 GO), t. Il, p. 117.

2. Madame de Fontaine avait épousé en secondes noces M. de Florian , l’oncle de l’aimable auteur de Gonzalve de Cordoue et d'Estelle et Néniorin.

3. Florian, La Jeunesse de Florian ou Mémoires d’un jeune Espagnol (Paris, Renouard, 1820), p. 24.

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