‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 158 sur 431 · LE MARQUIS DE XÎMENÈS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE XÎMENÈS

Celte lettre n’est pas décourageante, et, bien que, dans un autre poulet, elle lui dise : « Je vous aime de tout mon cœur mais je ne veux pas avoir d’amant1 2, » nous n’oserions assurer que l’éloquent Baculard ne fût venu à bout des scrupules de madame Denis. Les deux amants craignaient-ils que le poète ne se doutât de quelque chose, et d’Arnaud, tout le premier, éprouvait-il quelque gène à se trouver chez sa maîtresse en présence de l’oncle? « J’ai bien de la peine à croire, mon cœur, lui écrivait celle-ci , que Voltaire vienne souper ce soir ici; il sera enguagé avec cette femme (madame du Châtelet) , mais je ne peut pas me dispencer de le lui proposer le marquis d'Argences y venant, qui est son ami. Adieu : je sans, si Dieu ne m’aide, que je vous aimerai à la folie. »

Présentement, nous la voyons entêtée du marquis de Ximcnès (le marquis de Chimenès, comme l’appelle Voltaire), un original, dont l’existence, ainsi que celle de son ami, le comte de Lauraguais, s’est prolongée jusqu’en pleine Restauration. C’était, avant tout, un écervelé, un inconsistant, entassant folie sur folie, affectant l’étrangeté des idées et préférant être absurde que ressembler à tout le monde. M. d’Autrep disait de lui : « C’est un homme qui aime mieux la pluie que le beau temps, et qui, entendant chanter le rossignol, dit : Ah ! la vilaine hôte3! » Ses débuts promettaient au moins un brillant officier; et, dans une note du Poème

1. Charavay aîné, Catalogue d'autographe* (cabinet deM. Durner), du mercredi 8 décembre 1809, p. 2, n° 4. Lettre de madame Denis à d’Arnaud; ce \cndredi, à 3 heures après midi.

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