L'ÉCORCE D'ORANGE
jalousie qu’elle excite, le roi lui aurait répondu : « J'aurai besoin de lui encore un au tout au plus; on presse l’orange, et on en jetle l’écorce. »
Je me suis fait répéter ces douces paroles; j'ai redoublé mes interrogatoires; il a redoublé ses serments. I.e croirezvous? dois-je le croire? cela est-il possible? Quoi! après seize ans de bontés, d’olfres, de promesses; après la lettre1 2 3 qu'il a voulu que vous gardassiez comme un gage inviolable de sa parole!...
Vous imaginez bien quelles réflexions, quel retour, quel embarras, et, pour tout dire, quel chagrin l’aveu de La Metlrie fait naître. Vous allez me dire : partez; mais moi je ne peux pas dire : partons. Quand on a commencé quelque chose, il faut le finir; et j’ai deux éditions sur les bras, et des engagements pris pour quelques mois’. Je suis en presse de tous les côtés. Que faire? Ignorer que La Metlrie m’ait parlé, ne me confier qu’à vous, tout oublier, et attendre *...
Aussi, à dater de ce jour, Voltaire n’aura plus ni sécurité, ni confiance. L’épée de Damoclès sera incessamment suspendue sur sa tête. 11 n’en fera pas moins la bouche en cœur, il n’en soupera pas moins gaiement avec les amis du roi, il n’en sera que plus caressant et plus tendre. Mais cette diable d’écorce ne lui laisse pas un moment de trêve, il a beau se dire, beau se répéter que c’était là un propos sans conséquence, peut-être inventé par cet écervelé qui en avait fabriqué bien d’autres, rien n’y fait. « Je rêve toujours à l’écorce