LE MAL DU PAYS
Mais pourquoi faut-il que je craigne La mort pour qui vivra toujours;
Pour qui, dans sa douleur profonde.
Le plus célèbre roi du monde Fera dresser à Sans-Souci Un monument éternel comme lui ' ?
Cet intrépide viveur, qui eût dansé sur un volcan, qui semblait si fort s’accommoder de la table et de la familiarité du philosophe de Sans-Souci, a son ver rongeur, tout comme un autre : c’est le mal du pays. Il se meurt d’envie de revoir la France, et il supplie secrètement Voltaire d’engager le duc de Richelieu à à lui faciliter son retour 2. Cette négociation, dont se charge le poëte, délie la langue à La Mettrie et amène plus d’une confidence. U n’était pas d’ailleurs malaisé de le faire parler, et Voltaire en sut bientôt beaucoup plus qu’il n’en eût voulu apprendre.
Ce La Mettrie , mande-t-il à sa nièce , est un bomme sans conséquence, qui cause familièrement avec le roi, après la lecture. Il me parle avec confiance; il m’a juré que, en parlant au roi, ces jours passés, de ma prétendue faveur et de la petito
1. Asiésal , V llomme machine , par La Mettrie (Parts, I8G5), p. xx, xxt. — Ce ne sont pas. du reste, les seuls vers que Voltaire lui ait adressés ; on peut citer encore ceux qui débutent ainsi :
Allez, courez, joyeuz lecteur ,
Et le verre à la main, coiffé d'uue serviette
Voltaire, OEuvrct complètes (Beuchot), t. LV, p. fi 15. Lettre de Voltaire à La Mettrie ; h Polsdam.
2. a II demande s'il peut revenir en France, s’il peut y passer une année sans être recherché... Je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien me mander si le vin de Hongrie se gâte sur mer : s'il ne se gèle pas, La Mettrie partira; s'il se gâte, La Mettrie restera... > Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot) , t. LV, p. 472. Lettre de Voltaire à Richelieu ; août 1750.