IMS MORT DE LA METTRIE
terrer dans son jardin, mais on ne crut pas devoir souscrire à ce souhait . « Son corps enflé et gros comme un tonneau a été porté, bon gré, malgré, dans l’église catholique, on il est tout étonné d’ôtre. » On se demanda comment il était mort : était-ce en médecin ou enchrétien? Ses derniers moments avaient- ils été le démenti de sa vie sceptique et matérialiste ; en un mot, selon une expression familière à la margrave de Hayreuth, avait-il fait le plongeon 1 ? Sabatier de Castres prétend qu’il voulut constater son repentir par des preuves non équivoques 2. 11 reste démontré que ce gourmand mourut en philosophe3. « J en suis bien aise, nous a dit le roi, pour le repos de son âme. Nous nous sommes mis à rire et lui aussi4. » C’était bien pour l’intimité; pour le public la note devait être différente.
an». H a quitté la vie à pea près comme un bon acteur quitte le théàirc, sans autre regret que celui de perdre le plaisir d’y briller et d’etre applaudi... » Fréron, lettres sur yuehjues écrits de ce temps (Nancy, 17 53). Lettre de M. Déforme», premier comédien du roi de Prusse, au sujet du célèbre 1*1 Mettrie.
1. Formcy, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 17 89), t. Il, p. 302.
2. Sabatier de Castres, Les trois siècles (Amsterdam, 1775), l. III, p. 78.
3. Le chapelain de Tyrconnel, un prêtre irlandais, le père Mac- Mahon , stimulé par quelques personnes , pénétra (très du lit du malade, au chevet duquel 11 s'assit , attendant une occasion de le rappeler à des sentiments plus chrétiens. La Mettrie, dans un de ses accès, s’élalt écrié : « Jésus Mai ie! >• Le chapelain, saisissant ce moment, lui dit : • Ah ! vous voilà enfin retourné à ces noms consolateurs 1 — Mon père, répondit le moribond, ce n’est qu’une façon de parler, » 11 expirait, quelque^ minutes après. Nicolaï, anekdoten von Komg Friedrich II von Preussen und von enigen Personen die um ihn tvaren (Berlin, 1790), premier cahier, p. 20. — Thomas Carlyle, History of Friedrich II of Prtusia (Leipzig, 180»), vol. IX, p. 92, 93.
4. Voltaire, Œuvres complètes ( Beuchot ) , t. LV, p. 097. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Polsdam , le 24 décembre 1751.
LE SIÈCLE DE LOUIS XIV. — ORTHOGRAPHE DE VoLTAlufe. LA REAUMELLE A BKRI.IS.
Frédéric, qui aura le malheur de survivre à tous ses amis, se donnait le soulagement, quand il en perdait un, de composer son éloge, qu’il faisait lire ensuite dans son académie parfois aussi embarrassée qu’honorée de pareilles communications. L’homme de lettres, s’il ne prédominait point, marchait au moihs de pair avec le roi, et l’auteur de l’ Anti-Machiavet ne laissait point échapper une occasion de faire des vers ou de la rhétorique. Ces éloges étaient-ils en effet autre chose que de la rhétorique, et qu’esl-ce, sinon Un mélange de déclamation et de persiflage que ces dernières phrases de l’éloge de l’auteur de V Homme machine? «La nature l’avait fait orateur et philosophe, mais un présent plus précieux encore qu’il reçut d’elle fut une Ame pure et un cœur serviable. Tous ceux auxquels les pieuses injures des théologiens n’en imposent pas regrettent en M. La Mettrie un honnête homme et un savant médecin '. » Qu’entendait Fré-
I. Œuvres de Frédéric le Grand (Derlin, Prcusa.), I. VII, p. 27.