ÉLOGE DE LA METTRIE
déric par une âme pure ? Son portrait par Voltaire a le mérite de la précision et nous rend certes mieux l’original. a Aviez-vous entendu parler, écrit-il à d’Argental, d’un médecin nommé La Mettrie, brave athée, gourmand célèbre, ennemi des médecins, jeune, vigoureux, brillant, regorgeant de santé ? 11 va secourir milord Tyrconnel , qui se mourait ; notre Irlandais lui fait manger tout un pâté de faisan, et le malade tue son médecin. Astruc en rira, s’il peut rire *. » Ces trois lignes peignent notre homme delà tête aux pieds, sans le louer, sans le diffamer ; et il n’est pas mal d’y revenir après avoir lu cette pièce d’éloquence, dont la communication, dit Formey, fut écoutée d’uu air morne*. C’était en effet, un véritable outrage à la morale publique; et ce scandale fut senti par tous les gens, qui, sans être rigoristes, ne pensaient pas qu’un souverain, quelque absolu qu’il fût, eût le droit de réhabiliter un homme dont le mérite à ses yeux était de n’avoir cru qu’à la matière et d’avoir agi en conséquence5. « Il est fort triste, mande Voltaire à Richelieu, qu’onaitlu son éloge à l’Académie, écrit de main de maître. Tous ceux qui sont attachés à ce maître en gémissent. Il semble que la folie de Lu Mettrie soit une maladie épidémique qui
1. Voltaire, OEuvres complète» (Beuchot), t. LV, p. 688. Lettre de Voltaire à d’ Arpentai ; Potsdam, le 13 novembre 1751.
2. Formey, Souvenirs d’un Citoyen (Berlin, 1 789), 1. 1, p. 1 18.
3. Tous les pasteurs de Berlin, tous les ministres duculte furentconsternés; les épicuriens même (et l'Académie en recelail bien quelques* uns) furent loin d’applaudir à cette étrange fantaisie du philosophe de Sans-Souci , et l’aimable et spirituel Coïter disait à ce propos : « Trop est trop, et vouloir traiter la vertu de nomen inane , c'est détruire tous les liens de la société humaine. II vaudrait mieux alors, pour notre sûreté et satisfaction, être brute et brouter l’herbe! •
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