OPINION DE CHESTERFIELD
Voltaire sait tout, parle de tout en expert *. » Veut-on le jugement d’un homme de goût, d’un esprit éclairé et distingué, d’un Anglais illustre, d’ailleurs sympathique à la France, la patrie qu’il eût adoptée s’il nous était donné de choisir notre berceau?
Voltaire, écrivait lord Chesterfied à son fils, m’a envoyé do Berlin son histoire du Siècle de Louis XIV, elle est arrivée à propos; mylord Bolingbroke m’avoit justement appris comment on doit lire l’histoire. Voltaire me fait voir comment on doit l’écrire... C'est l'histoire de l’esprit humain, écrite par un homme de génie pour l'usage des gens d’esprit... Il me dit tout ce que je souhaite de savoir, et rien déplus; ses- réflexions sont courtes, justes, et en produisent d'aulres dans ses lecteurs. Exempt de préjugés religieux, philosophiques, politiques, et nationaux plus qu'aucun historien que j’aye jamais lù, il rapporte tous les faits avec autant de vérité et d impartialité que les bienséances, qu’on doit toujours observer, le lui permettent... Il y a deux affectations puériles, dont je souhaiterais que ce livre eût été exempt : l’une est une subversion totale de l’orthographe franç.oise anciennement établie; l’autre est qu'il n’y a pas une seule lettre capitale dans tout le livre, excepté au commencement d’un paragraphe. JO vois avec déplaisir Rome, Paris, la France, Cæsar, Henri IV, etc., en lettres minuscules, et je ne conçois pas qu’il y ait aucune raison do retrancher de ces mots les capitales, malgré un long usage. C’est une affectation au-dessous de Voltaire*....
Cette absence de capitales caractérise fâcheusement, en effet, l'édition de Berlin, et le spirituel Anglais n’a pas tort d’être choqué d’une bizarrerie que rien ne. légitime, et qui ne se retrouve dans aucun autre ouvrage du poêle, auquel nous ne saurions nous ré-