‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 198 sur 431 · UN PASSAGE A DOUBLE SENS · texte numérisé non relu

UN PASSAGE A DOUBLE SENS

de pension à un homme de lettres, à titre d’homme de lettres. Il y a eu de plus grands poëtes que Voltaire ; il n’y en eut jamais de si bien récompensez, parce que le goût ne met jamais de bornes à ses récompenses. Le roi de Prusse comble de bienfaits les hommes à talens, précisément par les mômes raisons qui engagent un petit prince d’Allemagne à combler de bienfaits un bouffon ou un nain1. » Au bout de trois jours, le valet de chambre de Voltaire remettait à Angliviel le livre de Mes pensées. La page 70, où se trouvait cet étrange passage, était cornée. Cela dut donner à réver à La Beaumelle, surtout avec le cortège de qualités qu’il supposait au poète, mais ne l’empêcha pas de lui rendre visite aussitôt qu'il le sut à Berlin.

Le 7 décemb. le roi arriva de Potzdam à Berlin et M. de Voltaire avec lui. J'allai le voir, il me parla de mon livre, m'on fit d'un ton chagrin et dur une critique fort judicieuse et fort sévère, dont je profitai depuis, et dont je fus très-mécontent alors.

Il ajouta, qu’il n’avoit pas cru que l’empressement qu'il avoit eu à entrer dans mon projet de classiques à Coppenhague, eût mérité que je le traitasse aussi mal que je le traitois dans cet ouvrage.

Je fus étonné* : je lui demandai l’endroit; il me le cita : je le lui répétai plusieurs fois mot à mot lui soutenant toujours qu’il étoit à sa gloire :Je ne sai donc pas lire? me répondit-il- Peut-ôtre bien lui répliquai-je ; mais toujours est-il sûr que je ne vous ai offensé, ni voulu offenser. Je retournoi ce passage en cent façons différentes; je ne pus le faire convenir du seul sens qu'il puisse avoir.

t. Met Pentérs (à Copenhague, 1751), p. 69, 70, n" XUX. 2. o Et surpris de ce reproche, > éditions subséquentes.

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