VISITE A MAUPERTUIS
voir Maupertuis et n’épargne rien pour dissiper dans son esprit toute impression défavorable. 11 n’y fût peut-être pas parveuu avec autant de facilité, si l’auteur de la Vénus physique n’eût pressenti, dans cette nature violente , l’ennemi le plus actif comme le plus implacable de l’auteur de Mérope. Quoiqu'il s’en défende, Angliviel venait surtout pour sonder Maupertuis. Maupertuis ne demandait pas mieux de parler et d’envenimer les choses , s’il y avait lieu ; aussi accorda-t-il toute satisfaction à La Beaumelle.
Mr. de Maupertuis me dit qu’il étoit vrai, que Mr.de Voltaire avoit donné au souper du roi une mauvaise interprétation à un paragraphe du Qu’en dira-t-on? comme si j'avois voulu dire que les savans de sa cour étoient des bouffons et des nains, et que le roi étoitun petit prince d'Allemagne; mais que le comte Algarotti étant descendu chez Mr. de Voltaire, et avant transcrit le passage, le lui avoit aporté à minuit, qu’ils avoient jugé l'un et l'autre que Voltaire l’avoit défiguré avec beaucoup de mauvaise foi, et n’y avoient rien trouvé d’injurieux; qu'il étoit clair que j’avois voulu dire, qu'autant que le roi de Prusse est au-dessus des princes qui font leurs délices des bouffons et des nains, autant les savans de sa cour sont au-dessus des nains et des bouffons; que vraisemblablement ce qui avoit piqué Voltaire, c’étoitces mots qu’il n’avoit pas dit au roi : il y a eu déplus grands poêles que Voltaire, il n'y en eut jamais de si bien récompensés.
Voltaire nie les faits tels qu’on les présente ici. Loin d’avoir cherché à animer le roi contre l’auteur de Mes pensées, il affirme qu’il fut le seul à prendre le parti de l’absent et qu’il s’écria : <c Quoi ! faut-il qu’un étranger ne puisse paraître à Berlin sans être opprimé? » Voilà une magnanimité excessive et qui , avouons-le , ne ressemble point à Voltaire. Non, Voltaire ne prit pas