‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 223 sur 431 · DARGET RETOURNE EN FRANCE · texte numérisé non relu

DARGET RETOURNE EN FRANCE

l’abbé Denina vous l’apprendra. « Darget, nous dit-il, ayant perdu cette épouse, qu’il aimoit tendrement, et se voyant en quelque sorte dégradé par la présence de Voltaire, homme exigeant et caustique, demanda la permission d’aller en France, prétextant des infirmités sur lesquelles il vouloit consulter des médecins françois1... » Ces infirmités étaient très-réelles et assez graves, et on en connaît la nature; mais peut-on alléguer une raison aussiiucpte : «DégradéparlaprésencedeVoltaire!»Voltaireetluinefaisaientqu’un; c’étaient, comme on dit, deux têtes sous un même bonnet ; et lorsque Darget partit, le poète eut à regretter un ami, un serviteur, pourquoi ne dirions- nous pas un protecteur auprès de Frédéric, qui l’aimait et l’écoutait2. Mais Darget avait aussi le mal du pays, et ce fut avec une secrète joie qu’il s’éloigna. II emmenait avec lui un excellent domestique français, que nous avons vu mêlé au procèsdu poète avec Hirsch, et dont les services étaient fort utiles à Voltaire. « C’est un jeune Picard qui s’est mis à pleurer quand il a vu que je ne partais pas. Il prétend qu’il n’v peut plus tenir, que les Prussiens se moquent de lui, parce qu’il est petit, et qu’il n’est que Français. J'ai eu beau lui dire que le roi n’a pas sept pieds de haut, et qu’AIexandre était petit, il m a répondu qu’Alexandre et le roi de Prusse n’étaient pas Picards. En-

t. L’abbé Denina , La Prette littéraire tout Frédéric 11 (Berlin, 1700), t. I, p. 352, 353.

2. • Vous me manquez bien à Potsdam, lui écrivait Voltaire à Paris, je m’étais fait une douce habitude de vous voir tous les jours; Je ne m'accoutume pointilune telle privation. » (JFuvretcomplétes tlteuchot), t. LV1, p.58. Lettre de Voltaire à Darget; iPotsdam, 4 juillet

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