‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 243 sur 431 · L’ENTRESOL DE MADEMOISELLE JULIE · texte numérisé non relu

L’ENTRESOL DE MADEMOISELLE JULIE

« Un amour démesuré de la célébrité a empoisonné et abrégé ses jours, nous dit Grimm; il affectait en tout une grande singularité, afin d’étre remarqué. Il ■voulait surtout l'étre du peuple, dans les promenades et autres lieux publics, et il y réussissait par des accoutrements bizarres et discordants... Il avait affecté une grande amitié pour la femme de chambre de madame la duchesse d’Aiguillon, qu’il voyait beaucoup; mais sil’on n’avait jamaisdit, danslesalonde madamed’Aiguillon, que Maupertuis était monté à l’entresol de mademoiselle Julie, je crois que sa liaison avec mademoiselle Julie aurait peu duré'. »

Apres des épreuves de toutes sortes, et notamment un naufrage dans le golfe de Bothnie, Maupertuis rentrait en France et lisait à l’Académie des sciences, en séance publique, la relation de leur voyage au cercle polaire (13 novembre 1737). Il fut indemnisé de la froideur calculée de ses confrères par l’enthousiasme de la foule à son égard. Il devint càla mode, on voulut le voir et l’avoir; les femmes le courtisèrent, on se le disputa. Il n’en eût pas tant fallu pour griser un homme beaucoup plus humble; le ton de Maupertuis ne fut pas celui d’un vainqueur modeste, et l’insolence du triomphateur éclata d'autant pins que le vaincu était doux, réservé, sans intrigue. Cassini représentait la science à cette date, et c’était elle qui était vaincue en lui. Mais cette défaite était-elle donc si manifeste, et le doute n’était-il plus possible? Bien des objections furent

1. Grimm, Correspondance littéraire (Fume, 1829), t. V, p. 246 j décembre 17 G6.

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