‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 260 sur 431 · COMPARAISON RIDICULE · texte numérisé non relu

COMPARAISON RIDICULE

exquis '. En effet, l’auteur de Zaïre ne pérorait ni ne dissertait, c’était un causeur, le causeur par excellence, éblouissant la galerie, ce qui était son droit; mais trop homme du monde pour ne pas laisser à l’esprit de chacun sa part de soleil. Ce reproche pourra, dans une certaine mesure lui être adressé à Ferney; alors l’éloignement de la bonne société et la complicité de pèlerins enthousiastes, la renommée, l’âge aussi, l’auront habitué à se considérer comme une sorte d’idole, de fétiche qu’on ne saurait trop aduler, ne fût-ce qu’en expiation des outrages et des avanies dont il était incessamment abreuvé. Mais opposer l’esprit de Maupertuis à l’esprit de Voltaire, dans la conversation comme ailleurs, c’est se moquer du lecteur, c’est porter un défi à son bon sens, à son jugement, à ce qu’il sait de l’un et de l’autre. Thiébault, sans passion s’il a ses préférences, dit au contraire : « M. de Maupertuis, je le répète, avait de l’esprit, et il en avait beaucoup, quoiqu’il en eût bien moins que Voltaire... » Et il ajoute : « Si Maupertuis avait eu un orgueil moins fier, moins exclusif, moins indomptable, il aurait eu de justes ménagements pour l’homme supérieur qui venait s’accoler à lui : ils auraient été heureux, s’ils avaient su être amis; mais l’un était trop despote, et l’autre trop peu endurant. Maupertuis voulut dominer : Voltaire l’écrasa 1 2. »

Celte phrase nous amène naturellement à cet instant

1. Prince de Ligne, Lettres et Pensées (Parie), 1809, p. 7. Lettre au roi de Pologne, pendant l'année 1785.

2. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour ù Berlin {Dldot, 1860), t. Il, p. 372, 373.

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