‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 259 sur 431 · VOLTAIRE DOGMATISANT · texte numérisé non relu

VOLTAIRE DOGMATISANT

A en croire Formey, l’esprit de Voltaire n’eût même été rien auprès du sien. Nous dirons comme Trissotin à Clitandre : le paradoxe est fort. « Je l’ai regardé, comme l’homme le plus spirituel que j’aie connu. Voltaire péroroit, dissertoit et vouloit être écouté ; on aimoit d’abord à l’entendre , mais on s’en lassoit; au lieu que tout ce que disoit M. de Maupertuis partoit comme un éclair et en avoit le feu '. » Frédéric semblerait confirmer ce jugement, dans une lettre à sa sœur de Bayrou th : « Je le verrai quand tout sera fini (le procès de Voltaire avec Hirsch n’était pas encore jugé) ; mais à la longue, j'aime mieux vivre avec Maupertuis qu’avec lui. Son caractère est sûr, et il a plus le ton de la conversation que le poète, qui, si vous y avez bien pris garde, dogmatise toujours 1 2. » Mais le roi de Prusse, très-décidé à ne plus le revoir dans le cas d’un arrêt défavorable, s’efforçait d’amoindrir le charme et la séduction de cet esprit unique, dont il ne se sentait que trop épris. Ce « si vous y avez bien pris garde » est des plus plaisants; le défaut qu’il semble avoir tout récemment déniché dans Voltaire est de nature pourtant à frapper dès la première minute, * comme tout ce qui choque et blesse l’amour-propre ; et une découverte aussi tardive, faite en un moment de méchante humeur, est plus que suspecte. Bien des années après, quand les ressentiments seront apaisés, le philosophe de Sans-Souci, sans qu’on le lui demande, dira au prince de Ligne que Voltaire avait un ton

1. Formey, Souvcniri d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. 1, p. 181.

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