‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 262 sur 431 · CANDIDATURE DE L’ABBÉ RAYNAL · texte numérisé non relu

CANDIDATURE DE L’ABBÉ RAYNAL

rudesse pour ne pas dire l’arrogance de celui-ci, non sans amertume, toutefois, et sans aigreur.

Je supporte Mauperluis, n’ayant pu l’adoucir. Dans quel pays ne trouve-t-on pas des hommes insociables avec qui il faut vivre ? Il n’a jamais pu me pardonner que le roi lui ait ordonné de mettre l'abbé Kavnal de son Académie. Qu'il y a de différence entre être philosophe et parler de philosophie I Quand il eut bien mis le trouble dans l'Académie des sciences de Paris, et qu’il s’y fut fait détester, il se mit en tête d’aller gouverner celle de Berlin. Le cardinal de Fleuri lui cita, quand il prit congé, un vers de Virgile qui revient à peu près à celui-ci :

Àh ! réprimez dans tous celte ardeur de régner.

On aurait pu en dire autant à son Éminence; mais le cardinal de Fleuri régnait doucement et poliment. Je vous jure que Mauperluis n’en use pas ainsi dans son tripot, où, Dieu merci, je ne vais jamais *...

Voltaire attribue l’hostilité sourde du président à la violence qui lui avait été faite au sujet de Raynal. Nous l’avons vu essayer d’obtenir pour l’abbé la succession de d’Arnaud, qui échut à Morand, en dépit de ses officieuses insinuations. Une place d’académicien était une fiche de consolation qu’il était honnête de faire avoir à un lettré en grand crédit auprès des philosophes; et c’est à quoi il travailla. Mais disons qu’avant de forcer la main à Maupertuis, il avait cherché à le gagner par des procédés2. « Il me refusa avec hauteur, et traita l’abbé

t. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LV, p. 638 , 639. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Potadam , le 24 août 1751.

2. Voltaire, Lettres inédites (Didier, 1857), t. 1, p. 199. Lettre de Voltaire ù Mauperluis; Potadam , 24 octobre ( 1 7 50 ) . « ... Mon cher président, je m'intéresse bien davantage au Languedocien Raynal qu’au Provençal Jean d’Argens. .., etc., etc. »

HO HAUTEUR DE MAUl’ERTUlS.

Raynal avec mépris. Je lui fis ordonner par le roi d’envoyer des patentes à M. l’abbé Raynal; on peut croire qu’il ne me l’a pas pardonné » Ce petit échec ne dut pas rendre plus cordiaux les rapports communs; mais on se tolérait encore des deux côtés, et Yoltaire, pour sa part, se contentait de gémir sur la rudesse du président, que lui faisait oublier ou endurer l’amabilité des autres. « Notre vie est bien douce, écrit-il à madame d’ Argentai; elle le serait encore davantage si Maupertuis avait voulu. L’envie de plaire n’entre pas dans ses mesures géométriques, et les agréments de la société ne sont pas des problèmes qu’il aime à résoudre. Heureusement le roi n’est pas géomètre, et M. Algarotti ne l’est qu’autant qu’il faut pour joindre la solidité aux grâces*. »

Si nous croyons faiblement que ce petit conflit auquel avait donnélieu la candidature de l’abbé Raynal, fut Tunique et vraie cause de leur mutuelle rancune, nous prendrons encore moins au sérieux les raisons qu’en donne Angliviel. « M. de Maupertuis, dit-il, crut qu’il lui convenoit de vivre à une certaine distance d’un homme qui en savoit plus qu’un enfant d’Ephralm, et duquel le ministre de France à Berlin écrivoit : si Voltaire perd son procès, il sera pendu, s'il le gagne, il sera chassé. M. de Maupertuis l’évita : si c’est un

1. Le Sitcle politique de Louis XIV, avec les pièces qui forment l’histoire des querelles avec MM. de Maupertuis et de La Beaumelle (à Siéclopolis, 1753), p. 214. Mémoire de M. F. de Voltaire, aposUllé par M. de La Beaumelle.

2. Voltaire, OEuvres complues (Beuchot), t. LVI, p. 47 , 48. Lettre de Voltaire A madame d’Argental; PoUdam, le 14 mars 1 7 52.

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