ALLUSIONS TRANSPARENTES
pute frivole, qu'un mort ressuscite pour rapporter la minute inutile d'une lettro de Leibnitz, et qu’il réserve ce miracle pour le temps où il prophétisera ; qu'il ne compromette personne dans une querelle de néant que la vanité veut rendre importante , et qu’il ne fasse point intervenir les dieux dans la guerre des rats et des grenouilles. Qu'il n’écrive point lettres sur lettres à uno grande princesse, pour forcer au silence son adversaire, et pour lui lier les mains, afin de l'assassiner à loisir.
Que, dans une misérable dispute sur la dynamique il ne fasse point sommer, par un exploit académique un professeur de comparaître dans un mois; qu’il ne le fasso point condamner par contumace, comme ayant attenté % sa gloire, comme forgeur de lettres et faussaire, surtout quand il est évident que les lettres de Leibnitz sont de Leibnitz, et qu’il est prouvé que les lettros sous lo nom d'un président n’ont pas été plus reçues de ses correspondants que lues du public.
Qu’il ne chercho point à interdire à personne la liberté d'une juste défense; qu’il pense qu’un homme qui a tort, et qui veut déshonorer celui qui a raison, se déshonore soi-même.
Qu’il croie que tous les gens de lettres sont égaux, et il gagnera à cette égalité.
Qu’il ne s’avise jamais de demander qu’on n’imprime rien sans son ordre.
Nous finissons par l’exhorter à être docilo, à faire des études sérieuses, et non des cabales vaines; car ce qu’un savant gagne en intrigues, il le perd en génie, do mémo que dans la mécanique ce qu’on gagne en temps on le perd en forces. On n’a vu que trop souvent des jeunes gens qui ont commencé pardonner do grandes espérances et de bons ouvrages, finir enfin par n’écriro que des sottises, parce qu’ils ont voulu être des courtisans habiles, au lieu d’ètre d’habiles écrivains; parce qu’ilsont substitué la vanité à l'étude, et la dissipation qui affaiblit l’esprit au recueillement qui lo fortifie. On les a loués, et ils ont cessé d’être louables ; on les a récompensés, et ils ont cessé de mériter des récompenses; ils ont voulu paraître, et ils ont cessé d'être : car lorsque, dans un auteur, une somme d’erreurs est égale à une somme do ridicules, le néant vaut son existence *.
1 . L’auteur en question avait écrit que, supposé qu’un homme ait éprouvé autant de mal que de bien, le niant vaut son tire.