SORTIE IMPRUDENTE DE FORMEY
Ce n’était pas le tout d’avoir écrit cette satire impitoyable, il fallait qu’elle fût lue, dévorée, et que le président fût hué à Potsdam, à Berlin, de toute l’Europe savante, de l’univers entier. Là était le difficile, car Voltaire ne devait pas espérer un privilège du roi de Prusse pour cet acte méritoire. Mais c’est où va se déployertoutson espritd’intrigueet son machiavélisme. Il arrivera au but par n’importe quelle voie; et comme, en pareil cas, la voie directe est la moins sûre, il prendra les chemins de traverse. Formey venait de publier, dans la Nouvelle Bibliothèque germanique1 , un extrait des opuscules de Zimmermann, théologien de Zurich; il s’était attaché de préférence à sa Dissertation sur r Incrédulité , et avait saisi cette occasion de frapper sur les incrédules aussi vigoureusement et aussi imprudemment que possible; car il ne dépendait pas de lui que la malignité ne voulût trouver, dans cette religieuse philippique, des allusions à l’adresse du philosophe de Sans-Souci et de son groupe de libres-penseurs. Un jour, à la table du roi. Voltaire et d'Àrgens s’entretenaient à voix basse de ce brûlot lancé dans leur camp, de manière à .attirer l’attention et les questions de Frédéric, qui ne manqua point, en effet, de leur demander de quoi ils chuchotaient entre eux. « Il s'agit , eût répondu Voltaire, de la manière dont on nous traite , et dont V. AI. n'est pas exempte a. » Là-dessus,