‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 333 sur 431 · FRÉDÉRIC SE FACHE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC SE FACHE

Enfin arriva un mot du roi. « Je vous donne en cent à deviner sa réponse. Il m’a fait écrire par son factotum qu’il y avait des eaux excellentes à Glatz, vers la Moravie. Voilà qui est horriblement vandale et bien peu Salomon; c’est comme si on envoyait prendre les eaux en Sibérie. Que voulez-vous que je fasse? 11 faut bien aller à Potsdam; alors il ne pourra me refuser mon congé *. » Mais pour habituer son monde à cette idée de départ et n’autoriser aucune espérance, il ne laissait échapper une occasion de rappeler sa volonté bien formelle d’aller à Plombières. Cela fit perdre patience au peu endurant philosophe de Sans-Souci, qui lui décochait le poulet peu tendre qu’on va lire.

Il n’étoit pas nécessaire que vous prissiez le prétexte du besoin que vous me dites avoir des eaux de Plombières, pour me demander votre congé. Vous pouvez quitter mon service quand vous voudrez ; mais avant de partir, faites moi remettre le contrat de votre engagement, la clef, la croix et le volume de poésie que je vous ai confié. Je souhaiterais que mes ouvrages eussent été seuls exposés à vos traits et à ceux de Kœnig. Je les sacrifie de bon coeur à ceux qui croient augmenter leur réputation en diminuant celle des autres; je n’ai ni la folie ni la vanité de certains auteurs. Les cabales des gens de lettres me paraissent l’opprobre de la littérature. Je n'en estime cependant pas moins les honnêtes gens qui les cultivent. Les chefs de cabale sont seuls avilis à mes yeux*.

t. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 589, 290. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Berlin, le 15 mars 1753. Cette opiniâtreté de Frédéric était bien connue A Paris, où du reste Voltaite s'y prenait de façon A ce qu'on n'ignorât rien de ce qui avait rapport & lui ; d'Argenson écrivait à cette époque dans son curieux journal: < Le roi de Prusse ne veut absolument pas laisser sortir le poste Voltaire de ses États. Voltaire lui a écrit qu’il lui demandait la liberté ou la mort... • Marquis d'Argenson. Mémoires (Jannet), l. IV, p. 127.

2. Beuchot, qui Ignorait la date de cette lettre, l’a pourtant

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