BRUSQUE DÉTERMINATION
Cela était dur, tant soit peu brutal dans le fond comme dans la forme, et lout autre que Voltaire ne se fût pas relevé d’un tel coup de massue. Mais ce n’était pas en disgracié qu’il voulait partir; il charge l’abbé de lui ménager une entrevue et annonce son arrivée à Potsdam.
Cher abbé, votre style ne m’a pas paru doux. Vous êtes un franc secrétaire d'État ; mais je vous avertis qu’il faut que je vous embrasse avant mon départ. Je ne pourrai vous baiser, car j’ai les lèvres trop enflées de mon diable de mal. Vous vous passerez bien de mes baisers, mais no vous passez point, je vous en prie, de ma vive et sincère amitié. Jo vous avoue que je suis désespéré de vous quitter et do quitter le roi; mais c’est une chose indispensable. Voyez avec le cher marquis1.
classée & sa vraie place, et l'argumentation Ingénieuse de M. Foisset, qui veut qu'elle soit du 29 ou du 30 décembre 1752, porte à faux, ce qui ne nous est que trop facile à démontrer, les preuves en main; car ce billet peu gracieux, comme cela sera dit plus loin, fut inséré, par les soins mêmes du roi, dans les Gazelle i de Hollande et U' 17trecht, avec la date du IC mars. Ajoutons que l'on a retrouvé aux Archives du cabinet de Berlin, à la date aussi du I C mars, le projet de eette même lettre qu’il est assez piquant de comparer au billet rédigé par l'abbé do Brades. I.e voici : « Qu’il peut quitter ce service quand il lui plaira ; qu'il n’a pas besoin d'employer le prétexte des eaux de Plombières, mais qu'il aura la bonté, avant que de partir, de me remettre le contrat de son engagement, la clef, la croix et le volume de poésie que je lui ai ronflé ; que jo voudrais que lui et Kœnig n’eussent attaqué que mes ouvrages, que je les sacrlile de bon cœur 1 ceux qui ont envie de dénigrer la réputation des autres ; que je n’ai point la folie et la vanité des auteurs, et que les cabales des gens de lettres me paraissent le comble de l’avilissement. » OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Prcuss.), t. XXII, p. 308, 309.
t. D’Argens. Nous avons vu Voltaire, après son procès avec Hirsch, s'établir un instant au Marquisat, pendant l'absence de l'auteur des Lettre» juive». Mais depuis longtemps celui-ci avait repris son poste auprès du roi. a De Berlin, 3| août... Lemarquis d'Argens, chambellan du roi, qui a fait un voyage en Italie, et qui s’est arrêté
Digitize