ARRIVÉE A LEIPZIG
L’attelage variait de quatre à six chevaux, selon le plus ou moins mauvais état des routes. Voilà pour le dehors. L’intérieur renfermait Voltaire, ses manuscrits, ses cassettes, ses lettres de change, ses effets les plus précieux, et Coliini, qui était là pour l’utile et l’agréable. L’illustre voyageur arriva sans aventures, le lendemain soir 27, à Leipzig, sur les six heures. Il entrait, et pour causes, dans ses projets d’y séjourner un temps plus ou moins long ; aussi ne demeura-t-il pas à l’auberge et alla-t-il se loger dans un appartement de la rue Neumarkstran, peut-être retenu d’avance à sa prière par les soins de Walther, bien que Coliini n’en dise rien.
Maupertuis s’imagina que l’ennemi ne s’était arrêté à Leipzig qu’à cause de lui. Il s’y était arrêté en vue d’un autre encore, de La Beaumelle; mais l’auteur de l'Essai de Cosmologie avait, en somme, flairé assez juste. Voltaire voulait infecter l’Europe d 'Akakia, il voulait tuer le natif de Saint-Malo sous le ridicule ; il n’avait pas tout dit, et il éprouvait le besoin d’ajouter un chapitre ou deux à la Diatribe. Le Traité de paix , qui devait suivre, ne le cédait en rien à ses aînés, s’il ne les dépassait point. Le sujet était le même : c’étaient d’inépuisables variations sur un même thème, rajeunies par la forme, le pétillant et l’acéré d’une plaisanterie sans cesse renouvelée. Il s’agissait de mettre fin à une guerre de plume qui menaçait, si l’on n’essayait de séparer les combattants, de n’avoir pas une durée moindre que la guerre de Troie. L’illustre président finit par se laisser fléchir ; il s’humanise, il consentira désormais à ce qu’on puisse écrire contre son sentiment « sans être imputé malhonnête homme. » Il de-