‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 339 sur 431 · ADIEUX · texte numérisé non relu

ADIEUX

entrevue du souverain et du poète. Collini prétend qu’elle fut des plus amicales. Thiébault, sur le récit qui lui en avait été fait, raconte un peu différemment leurs adieux.

I.e roi était à la parade lorsqu’on lui dit : « Sire, voilà M. de Voltaire qui vient recevoir les ordres de Votre Majesté. » Le roi se tourna de son côté en lui disant : « Eli bien, M. do Voltaire, vous voulez donc absolument partir7 — Sire, des affaires indispensables, et surtout ma santé m'y obligent. — Monsieur, je vous souhaite un bon voyage. » Le dialogue ne fut pas plus long; Voltaire se retira, et il fut évident qu’ils ne devaient jamais se revoir, et que leur dernière entrevue, si cordiale et si gaie, n’avait été qu’une scène parfaitement bien jouée *.

Tous les préparatifs étaient faits à l’avance, et Voltaire avait si grande hâte de s’éloigner et une si grande appréhension qu’on ne se ravisât, qu’il partit aussitôt après cette audience en plein air, sans prendre congé de personne et y suppléant par des billets affectueux où il s’excusait sur l’incivilité du procédé a. Collini nous donne des détails assez particuliers sur la manière de voyager du poète, qui ne cheminait pas précisément en poète crotté. C’était dans un vaste carrosse, bien compris, bien commode, plein de poches et de lieux de réserve. Sur le banc se tenaient deux domestiques, dont un était employé à la copie des manuscrits.

1. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour rt Berlin (Didot, 1 800), t. II, p. 348.

2. Yolthire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 295. Lettre de Voltaire à d’Argens. — Folsset, Voltaire et le président de Brosses (Didier, 1858). Supplément à la correspondance de Voltaire et de Frédéric, p. 30, 31. Lettre de Voltaire au chevalier de la Touche; Polsdam, 25 mare 17 53.

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