‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 342 sur 431 · VOLTAIRE COMPRIS DANS LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

VOLTAIRE COMPRIS DANS LE TRAITÉ

serait trop difficile à faire. Les ouvriers de la tour de Babel sont morts, aucun souverain ne veut se charger de notre trou, parce que l'ouverture serait un peu trop grande, et qu’il faudrait eicavor au moins toute l’Allemagne, ce qui porterait un notable préjudice à la balance de l’Europe. Ainsi, nous laisserons la face du monde telle qu’elle est; nous nous défierons do nous-méme toutes les fois que nous voudrons creuser, et nous nous arrêterons constamment à la superficie des choses...

Nous trouverons toujours bon qu’on vive huit à neuf cents ans, en se bouchant les pores et les conduits de la respiration; mais nous no ferons cette expérience sur personne, de peur que le patient ne parvienne tout d’un coup à l'âge de maturité, qui est la mort.

Notre président ne s’arrête pas en si beau chemin, il veut bien avouer que les Copernic, les Wulf, les Haller, les Gottsched ne sont pas sans capacités, particulièrement le second, son grand émule, dont il prend l’engagement d’étudier la logique, « d’autant qu’au régiment où nous servions en France dans notre jeunesse, nous n’avons point eu d’occasion d’enteudre parler de ces choscs-là. » Le dix-neuvième et dernier article aura été sûrement celui auquel on se sera résigné avec le plus d’efforts et, par conséquent, démérité : on devine qui il doit avoir en vue.

Enfin, pour donner la plus grande preuve possible du désir sincère que nous avons de rendre le repos à l'Europe littéraire, nous consentons que notre ennemi capital, M. de Voltaire, soit compris dans le présent traité de paix, nonobstant les puissantes raisons que nous avions pour l’en excepter. Pourvu donc qu’il s'engage de ne plus nous mettre dans sa prose ni dans ses ver3, nous promettons de ne plus cabaler contre lui ; de ne plus nous servir de l’exécuteur de la haute justice pour nous venger de ses plaisanteries; de ne plus le menacer de notre bras plutôt que de notre esprit; de ne plus prétendre qu’il tremble tant qu’il n’aura pas la fièvre, et enfin d’abandonner La Beaumelle à la justice.

ACQUIESCEMENT DE KQEN1G.

Le professeur de la Haye ne pouvait manquer de suivre un si bel exemple, et ce fut un assaut de géuérosité et de grandeur d’ànie. L’on conçoit que l’acquiescement de Kœuig ne devait être qu’une continuation et un complément du même persiflage.

Ce beau et sage discours fini, M. le secrétaire perpétuel lut à haute voix la déclaration do M. le professeur Koenig, laquelle contenait en substance :

i° Qu'ayant travaillé toute sa vie à soumettre son imagination à l’empire de la raison, il se confessait incapable de concevoir des idées aussi brillantes que l’étaient celles que le génie de M. le président avait enfantées dans ses lettres; qu’il lui cédait la palme, et qu’il se reconnaîtrait toujours son inférieur à cet égard.

2° Mais que pour épargner dorénavant à M. le président des soupçons désagréables, il serait plus circonspect dans ses dilatations; qu’il n’avancerait aucun fait relatif aux sciences, sans pouvoir le prouver par la signature d’un notaire juré et quatre témoins, gens de bonne vie; que dans les dissertations sur le minimum de l’action, il ne rapporterait plus de fragments de lettres sans en avoir en main les originaux ;qu'aussi, pour faciliter le présent accommodement, il passerait à M. le président le principe qu’un écrit dont on ne peut pas produire l'original est un écrit forgé, sans le soupçonner pour cela de manquer de foi aux livres de notre sainte religion.

3* Que pour le bien de la paix, et comme un équivalent de l’bonneur d'étre de l’Académie de Berlin (auquel ce professeur s’était obligé de renoncer), il accepterait une profession de philosophie dans la ville latine que M.le président voulait fonder, dès qu’il saurait qu’on y aurait commencé à prêcher, à plaider et à jouer la comédie en latin; et qu’en ce cas, il s’appliquerait de toutes ses forces à parler et à écrire dans le style des Epistolœ obecurorum virorum, afin d’y établir autant qu’il sera possible une latinité que M. le président puisse entendre.

4° Qu’en attendant, il mettrait une monade ou être simple à côté de chaque géant que M. le président apporterait à l’Académie; qu’on disséquerait les uns et ies autres pour voir si

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